Energie 3.0 de Rudy Provoost

Energie 3.0 de Rudy Provoost

Présentation

Des bâtiments qui produisent leur propre énergie et nous assistent dans notre vie quotidienne ? Des outils de pilotage simples pour rendre la maison confortable, économe et ouverte sur le monde ? Des villes plus durables, plus sûres et plus intelligentes facilitant la mobilité, les échanges et la vie des consommateurs-citoyens ?

Voici quelques exemples des transformations à venir. Le monde de l’énergie vient d’entrer dans une nouvelle phase de son histoire, celle de la révolution numérique, d’une portée similaire à la révolution électrique de la fin du XIXe siècle.

Cette vague d’innovations est le résultat de la convergence entre le monde de l’énergie et l’univers numérique. Avec ces technologies récentes, les modèles économiques et les systèmes énergétiques de la ville et du bâtiment vont muer fondamentalement, et chacun d’entre nous aura accès à une offre sur mesure, adaptée à ses besoins et à ses moyens.

Cet ouvrage explique comment ces changements vont s’opérer et stimuler la croissance ; quels outils et services inédits vont apparaître ; comment l’ensemble de l’organisation de la filière énergétique va se réinventer et quelles perspectives d’emplois et d’activités nouvelles on peut en attendre.

  • Le résumé
  • Les chapitres
  • L’auteur

Energie 3.0, Transformer le monde énergétique pour stimuler la croissance, par Rudy Provoost : résumé intégral

Energie 3.0 : rendre le consommateur maître de son énergie

Réchauffement climatique, augmentation du prix des hydrocarbures, accidents nucléaires, généralisation de l’électrification… Le système énergétique actuel, que j’ai baptisé « Énergie 1.0 », souffre de limites importantes. Il se concentre essentiellement sur la production, alors que, pour des raisons de coût des matières premières et d’impact écologique, il est inenvisageable de construire suffisamment de centrales à énergie fossile pour assurer la consommation de 9, puis 12 milliards d’êtres humains. Le rôle du client final est actuellement passif : il peut seulement isoler le bâtiment, s’équiper d’appareils performants et espérer consommer moins. En raison de l’imprécision des informations offertes par les appareils de mesure, il lui est impossible de piloter sa consommation. Or, il ne sera possible d’avoir un impact sur la dépense énergétique que si le consommateur devient acteur de son énergie. Résoudre les problèmes énergétiques nécessite de changer de paradigme et de modèle énergétique.

Or, les technologies numériques, qui se diffusent progressivement dans tous les secteurs économiques, sont en train de converger avec le monde de l’énergie. Sur le modèle du « Web 2.0 », elles génèrent aujourd’hui une « Énergie 2.0 ». Le client final devient actif : le bâtiment, jusqu’alors considéré comme une simple enveloppe à isoler, produit de l’énergie. Le deuxième levier de ce nouveau paradigme est le partage de l’énergie, entre bâtiments, mais aussi dans et entre infrastructures de production centralisées et décentralisées. Davantage que la production, c’est la distribution qui est essentielle dans ce modèle : en effet, le partage d’énergie s’appuie sur les « smart grids », les réseaux de transport rendus bidirectionnels et interconnectés grâce aux technologies numériques. Mais cette deuxième dimension ne suffit pas. Les outils, aussi performants soient-ils, sont inopérants tant que le client final n’est pas mobilisé et responsabilisé. Se concentrer sur de meilleures façons d’organiser la production et la distribution d’énergie ne répond qu’insuffisamment au problème, tant que la demande et la consommation ne sont pas prises suffisamment en compte. Les débats relatifs au monde de l’énergie sont trop souvent dominés par les énergéticiens et les fabricants de matériel, l’accent étant majoritairement mis sur la source d’énergie ou le système énergétique.

Or, pour réussir cette transition énergétique, il convient aujourd’hui de changer radicalement de façon de penser : en dernier ressort, ce ne sont pas les bâtiments ou les villes qui consomment de l’énergie, mais les individus. Ce sont les clients finals qui font fonctionner le système énergétique. Ils deviennent producteurs d’énergie (bâtiment à énergie positive, énergies renouvelables…) et pas seulement utilisateurs d’énergie produite par des centrales. C’est donc à cette échelle qu’il faut aujourd’hui travailler et se concentrer sur la question du comportement et de l’expérience du client final. Par la notion d’« Énergie 3.0 », j’ai souhaité insister sur cette dimension qui me paraît aujourd’hui insuffisamment prise en compte, qui peut se résumer en une phrase : le consommateur devient maître de son énergie.

De plus en plus, sa production et sa consommation sont optimisées, personnalisées, sur mesure. Les gaspillages sont supprimés, l’énergie est adaptée au besoin : la lumière, le chauffage ou la climatisation sont éteints ou baissés en cas d’absence. En revanche, les systèmes sont personnalisables, pour chaque pièce et par fonction, quand le consommateur est présent : simulation d’aube au lever, multiples couleurs pour une fête, chemins lumineux la nuit… Cette maîtrise de l’énergie passe par des interfaces interactives, qui permettent à chacun de créer des scénarios de consommation : un proviseur de collège par exemple peut optimiser la dépense énergétique de chaque salle de classe en fonction des horaires des cours. Ces dispositifs de pilotage peuvent être accessibles quel que soit le terminal utilisé, ordinateur, tablette, smartphone, donnant à chacun un accès en temps réel à son propre monde énergétique. Ce nouveau monde est simple, ouvert, évolutif et sans limites. Il englobe l’utilisateur de façon ubiquitaire ; il se fait invisible et pourtant il est indispensable. Le bâtiment s’adapte aux usages et aux besoins grâce à des algorithmes apprenants. Tout est fait pour faciliter la maîtrise de l’énergie.

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Quels sont les bénéfices à attendre de cette responsabilité et de cette maîtrise accrues ?

L’équité énergétique, sortir de la précarité énergétique

Aujourd’hui, l’énergie est mal partagée. Plusieurs millions de foyers souffrent de précarité énergétique, quand les gaspillages sont par ailleurs colossaux. L’équité énergétique consiste à utiliser les technologies de l’efficacité énergétique pour donner à chacun l’énergie sur mesure dont il a besoin. Il est possible de redonner du pouvoir d’achat aux ménages grâce à ces solutions.

Un équilibre entre sobriété et productivisme, générateur de hausse du pouvoir d’achat sans perte de confort

Selon les différents sondages réalisés par Rexel à l’échelle internationale, les consommateurs montrent un intérêt certain pour les économies d’énergie. Selon une étude de la filière éco-électrique, l’économie réalisable sur la facture énergétique d’un logement moyen français est de 400 euros par an, soit un quart des 1 600 euros de sa dépense énergétique annuelle, pour un investissement d’environ 2 500 euros dans une solution d’efficacité énergétique active. Le potentiel d’économie d’énergie en jeu est considérable : à l’échelle mondiale et avec les technologies actuelles, plusieurs centaines de milliards d’euros aujourd’hui gaspillés pourraient être économisés.

Imaginons ce qui pourrait être bâti avec l’argent ainsi rendu disponible ? La diminution des émissions de CO2 serait également significative. D’après l’Agence internationale de l’énergie, l’efficacité énergétique pourrait contribuer à diminuer de 38 % les émissions de CO2 à l’horizon de 2050.

La santé et le confort, des leviers majeurs pour une meilleure qualité de vie

L’énergie n’est pas une fin en soi, c’est un ensemble de services et d’applications destinés à simplifier la vie, automatiser des tâches, améliorer le confort ou la qualité de la vie. Si l’énergie est l’élément indispensable pour le fonctionnement des applications, ce sont les usages qui importent. L’un des bénéfices les plus importants est la santé des individus. La mauvaise qualité de l’air intérieur (plus mauvaise la plupart du temps que celle de l’air extérieur) est génératrice d’asthme, d’allergies et de maladies respiratoires. Les accidents domestiques génèrent des handicaps ou des décès, notamment chez les personnes âgées ou les enfants. La précarité énergétique est dénoncée comme responsable de plus de décès que les accidents routiers au Royaume-Uni. Or, le bâtiment est aussi une opportunité majeure d’amélioration de la santé : télémédecine, accompagnement des malades et maintien à domicile des personnes âgées. Cette amélioration qualitative aura un impact favorable sur les dépenses de santé. De nouvelles solutions énergétiques sont en train de se développer qui humaniseront le bâtiment et la ville pour offrir de véritables services à chacun : installer des éclairages innovants et adaptés dans le cadre de traitements ou pour permettre aux malvoyants de mieux s’orienter ; améliorer la qualité de l’air de son logement ou du lieu de travail ; vérifier que sa grand-mère a bien pris son médicament quotidien ; détecter une fuite de gaz ou d’eau ; avertir les véhicules la nuit lorsqu’un piéton s’engage sur la chaussée. Voilà autant d’usages à valeur ajoutée, parmi tant d’autres, qui contribueront à changer la vie dans les années à venir. Le point commun de ces services et dispositifs est qu’ils aident chacun à prendre soin des autres, à se sentir responsable.

La croissance économique porteuse d’emplois

Nous sommes donc engagés dans une révolution énergétique qui devrait transformer les modes de vie, à l’image de ce que nous avons connu grâce à l’électricité et l’informatique au cours du XXe siècle. Cette révolution est durable, fondée sur les impératifs de l’économie circulaire et de la lutte contre le réchauffement climatique. De nouveaux services et de nouvelles technologies devraient générer un nouveau cycle de croissance. Plusieurs millions d’emplois ont été créés ou sont en cours de création dans les secteurs de l’« Énergie 3.0 » (« smart grids », énergies renouvelables, efficacité énergétique…). Ces emplois seront structurés autour de nouvelles compétences, notamment dans le domaine des objets performants et communicants, dans celui des réseaux et dans celui des logiciels. Les nouveaux enjeux financiers et la dimension de service transforment la logique commerciale et d’installation. De nouveaux métiers vont apparaître. La filière doit structurer et renforcer sa chaîne de formation afin de diffuser rapidement les innovations les plus pertinentes.

Le levier pour réaliser la transition énergétique : La Révolution de
l’« energ-eas-y » pour simplifier la transition énergétique et la maîtrise de la demande

Il convient aujourd’hui de créer les mécanismes permettant de réduire la complexité à tous les niveaux, production, distribution, consommation, afin de créer un environnement favorable à la transition énergétique. Afin d’insister sur cette dimension de simplicité, cette révolution peut être appellée « Energ-eas-y ». Elle concerne tous les acteurs de la chaîne de valeur de l’énergie.

Les États et les collectivités locales peuvent faciliter la transition par des formes originales de financements, la structuration des innovations et la suppression des freins de marché. Les producteurs et distributeurs d’énergie pourront bénéficier de la transition énergétique s’ils l’accompagnent en investissant dans des partenariats avec les autres acteurs de la filière et dans un environnement de réseaux et compteurs intelligents (« smart grids » et « smart meters »). Les fabricants de produits électriques et les autres acteurs qui se positionnent sur la chaîne de valeur (sociétés de services informatiques, opérateurs télécoms, acteurs du monde numérique, compagnies d’assurances…) doivent se concentrer sur la simplicité de leurs offres et produits. Les installateurs doivent se former, se positionner et accentuer leur développement en tant que spécialistes en maîtrise d’énergie. Ils doivent aussi être capables de vendre des solutions ou services d’économie d’énergie et permettre de visualiser facilement le retour sur investissement des solutions de la transition énergétique, voire de garantir leur performance. Enfin, dans la chaîne de valeur du monde de l’énergie, le rôle de la distribution est d’abord d’animer et d’activer la filière en tant que point de convergence et plaque tournante entre les fabricants et les installateurs, et de développer de nouveaux marchés et chantiers de croissance.

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Chapitre 1 intégral, « Reconfigurer l’infrastructure et le système énergétique » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 1, « Reconfigurer l’infrastructure et le système énergétique » – Energie 3.0

Chapitre 1. Reconfigurer l’infrastructure et le système énergétique

Le monde de l’énergie a connu des changements considérables ces dernières années, tendance reflétée par la popularisation du concept de « transition énergétique ». De nombreux éléments liés à ce phénomène apparaissent quotidiennement dans les médias : énergies renouvelables, économies d’énergie, cependant, il ne s’agit que de quelques aspects au sein d’un ensemble beaucoup plus vaste.

Une crise énergétique sans perspective

Les systèmes énergétiques actuels posent de sérieux problèmes pour cause de mauvaise répartition et de mauvais partage. L’un des autres aspects est le gaspillage de l’énergie : dans les pays développés, 20 à 30 % de l’énergie consommée pourrait être économisés.

L’accès à l’électricité reste un problème à l’échelle mondiale, en 2010 plus d 1,4 milliards de personnes n’avaient pas accès à l’électricité.

L’innovation technologique en panne d’inspiration

La capacité de la technologie à révolutionner les modes de vie suscite des doutes. Peter Thiel, déclarait en 2010 « Nous voulions des voitures volantes, et nous avons eu 140 caractères ». En 2012, Robert J. Gordon écrivait « pendant plus d’un siècle, l’économie américaine a connu une croissance robuste grâce à de grandes inventions ; cette époque est finie » Selon lui, ce déclin est notamment marqué par la diminution de la croissance de la productivité du travail qui passe de 2,33% de 1891 à 1972 à 1,30% de 1976 à 1996 et de 2004 à 2012 en raison d’un déficit d’innovation, la période d’accélération de 1996 à 2004 étant liée à la « nouvelle économie » correspondant à une croissance de la productivité de 2,46%.

… ou prémices d’une gigantesque révolution

Selon les spécialistes la troisième révolution industrielle s’appuiera sur les outils numériques. Dans une perspective optimiste, nous serions à la veille d’une ère de croissance illimitée grâce à l’essor des technologies intelligentes. Bien que cette affirmation puisse être prématurée, la révolution internet ne s’est pas arrêtée en 2004 mais se diffuse au contraire au monde de l’énergie.

On peut donc dire que la situation actuelle offre des perspectives inédites de développement en adaptant un système énergétique issu de la révolution industrielle.

Grâce au numérique, une énergie personnalisée, interactive et sur-mesure

Si le Web 2.0 décrit la façon dont la vie numérique s’est décentralisée, distribuée et partagée, le Web 3.0 amorce l’évolution vers la personnalisation des usages « sans limite » dans un univers ubiquitaire… et nous amène aujourd’hui à qualifier d’« Energie 3.0 » la transformation en cours du monde de l’énergie.

Le consommateur va pouvoir produire de l’énergie, mais aussi la partager et l’utiliser « sur mesure », de façon efficace, grâce à de nombreuses innovations qui font converger le numérique et l’énergie : logiciels de pilotage de la consommation du bâtiment, objets communicants (capteurs de température ou de qualité de l’air, moteurs, robots…), compteurs intelligents, éclairages LED à couleur et intensité variables…

Résumé du chapitre 2, « De nouveaux services à l’échelle de la ville et de la région grâce aux réseaux intelligents » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 3, « Optimiser l’énergie à l’échelle de la maison et du bâtiment » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 4, « Energie 3.0 : les grands enjeux de la transformation énergétique » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 5, « Energie 3.0 : une gouvernance adaptée pour faciliter la transformation énergétique » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 6, « Energie 3.0 : de nouveaux modèles économiques centrés sur les usages pour concrétiser la transformation énergétique » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 7, « Energie 3.0 : un renouvellement de la filière et de ses métiers pour réaliser la transformation énergétique » – Energie 3.0
Résumé du chapitre 8, « Energie 3.0 : une transformation énergétique en pleine accélération » – Energie 3.0

Rudy Provoost est Président-Directeur Général du Groupe Rexel. Il préside la Fondation Rexel pour le Progrès énergétique, lancée en mai 2013 sous l’égide de la Fondation de France.

Rudy Provoost a rejoint Philips en 2000, en tant que Vice-Président Exécutif de la branche Electronique Grand Public en Europe. EN 2004, il devient Directeur Général de la branche Electronique Grand Public et est nommé membre du directoire de Philips en 2006. En 2008, il devient Directeur Général de la branche Eclairage et Président du Conseil Développement Durable. Précédemment, Rudy Provoost a occupé différentes fonctions de dirigeant chez Procter & Gamble (1984-1987), Canon (1987-1992) et Whirpool (1992-2000). Né en Belgique en 1959, Rudy Provoost est titulaire d’une maîtrise en Psychologie et d’un MBA de l’Université de Gand en Belgique. Rudy Provoost est actuellement administrateur de Vlerick Business School. Il a contribué à l’ouvrage collectif « The balancing act of innovation » mais aussi à la série de publications dédiées à la l’innovation Knowledge@Wharton22 de la Wharton School.

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