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Comment réduire l’ « Energy Efficiency Gap » ?

Posté par admin le 01/10/2015 à 15:44 Dans Industrie,Réseaux et smart grids,Solutions | Pas de commentaire

Il existe un « energy efficiency gap », un écart surprenant entre la lente diffusion de nombreuses technologies de la transition énergétique et leur rentabilité pourtant élevée. La diffusion des solutions actuelles n’est pas seulement ralentie par des barrières structurelles que pourraient aider à surmonter des politiques publiques pertinentes : les barrières sont aussi comportementales. Les prévisions sont optimistes mais les usages sont encore limités. Plusieurs signes montrent même que le marché de la domotique peine à décoller. En France, la société de conseil en innovation Alcimed juge que le nombre d’utilisateurs d’energy boxes en 2013 ne dépasserait pas quelques milliers. Selon cette étude, la majorité des consommateurs estime l’investissement trop lourd pour des résultats trop flous.

Les électriciens et les usagers ne sont pas encore à l’aise avec les nouvelles solutions

Les sondages menés par la Fondation Rexel aux Etats-Unis et en Europe sont assez éclairants : le prix et la complexité freinent la diffusion des outils d’efficacité énergétique. 68% des électriciens affirment que l’argument financier incite les clients à décliner des offres d’efficacité énergétique (84% en France). Un nombre important d’électriciens (40%) pensent que le prix des nouveaux produits est dissuasif. Par ailleurs, 70% d’entre eux souhaiteraient disposer de produits et de solutions plus abordables. Pouvoir expliquer de façon didactique et précise les enjeux de l’efficacité énergétique, particulièrement les usages et bénéfices, est un besoin cité par de nombreux professionnels (64%). Or, l’information est au cœur du changement des comportements : une étude britannique de 2011 montre que les ménages soumis à la fois à une législation et à une information correctes ont réduit leur consommation de 9 %, un effet presque deux fois plus grand qu’avec la loi seule.

Les rénovations dans les bâtiments peinent à se concrétiser

En France, plus de 60% des logements ont été construits avant les premières réglementations thermiques des années 1980, faisant de ces maisons de véritables passoires énergétiques. Des outils incitatifs ont été mis en place pour accompagner les objectifs ambitieux que se sont fixés les pays européens en matière de rénovation (le Green Deal au Royaume-Uni, le crédit d’impôt développement durable et le prêt à taux zéro en France). Mais ceux-ci ne semblent pas encore donner leur pleine mesure : seuls 150 000 logements rénovés en France en 2012 contre 400 000 prévus. Selon une étude de l’UFC-Que Choisir, la baisse de la consommation d’énergie du bâti de 38% d’ici à 2020 imaginée par le Grenelle de l’Environnement « a toutes les chances de ne pas être atteinte ». Outre le problème récurrent de l’accès au financement, l’association pointe du doigt le diagnostic et l’accompagnement qui pêchent par une coordination insuffisante entre les différents experts.

Puisque la domotique, l’efficacité énergétique et la rénovation n’avancent pas au rythme que l’on pourrait attendre, que faut-il faire ? Centrés sur le service et les usages, de nouveaux modèles économiques sont aujourd’hui à inventer. Les possibilités ouvertes par la technologie sont aussi nombreuses que les défis qu’elle implique de relever : aucun acteur ne dispose de l’ensemble des compétences pour faire émerger ces solutions, ce qui suppose des partenariats, des échanges, des projets communs.

Mettre en place de nouveaux modèles économiques pour répondre aux défis de la logistique

Partant du constat qu’une entreprise à elle seule ne peut pas avoir toutes les idées et les solutions, il devient nécessaire de créer des partenariats et mécanismes de coopération entre les acteurs principaux et de pratiquer l’innovation collaborative. Aux Etats-Unis, les partenariats privés sont privilégiés : General Electric investit dans les fonds de corporate venture en s’associant parfois à d’autres entreprises dans des secteurs aussi divers que l’industrie, la finance, les télécoms ou les médias (Total, Monsanto, Coca-Cola, Google, Samsung, UBS…). Ensemble, selon leurs secteurs d’intérêt, ils investissent dans des startups liées à l’énergie. La France s’est engagée dans la voie des partenariats associant public et privé avec les pôles de compétitivité destinés à agréger les expertises et les collaborations. Le pôle de compétitivité Systematic, centré sur le numérique, comprend un groupe thématique sur le smartgrid, en coopération avec des pôles de compétitivité spécialisés dans l’énergie, des grands groupes, des start-up et des grandes écoles. Enfin, l’implication de la société civile a également un rôle important à jouer. L’enjeu est aussi de rendre compatibles et interopérables les différents protocoles et de créer des dispositifs multi-protocoles, multi-usages, multi-fabricants afin de pouvoir s’adapter à l’ensemble du matériel installé dans le bâtiment.

Intégrer les différents produits et solutions des fabricants pour davantage de simplicité, l’ « energ-easy »

Pour faciliter les usages, les produits doivent être simples pour l’accès et l’interaction, simples pour l’installation et le service, simples à vendre et à mettre sur le marché. Nest, un des rares sinon le seul exemple d’energy box à avoir séduit en masse (plus de 100 000 acheteurs aux Etats-Unis), s’appuie sur cette facilité d’utilisation et ce design épuré, illustrant le besoin de réduire la complexité à tous les niveaux pour créer un environnement favorable. Ce besoin est réel : 84% des électriciens pensent que pour que la filière se développe, il faut que l’offre en matière d’efficacité énergétique soit simplifiée, plus facile à installer et à utiliser.

La révolution de l’énergie est aussi une révolution du service : elle suppose de former les électriciens et d’accompagner les early adopters. 61 % des électriciens planifient leurs projets sans logiciels spécialisés et 50 % des électriciens n’utilisent pas d’ordinateurs ou de tablettes pour présenter leurs solutions aux clients. Or, le métier de l’installateur se transforme en métier d’intégrateur de solution. De plus en plus, sa mission sera d’interconnecter grâce à de multiples standards, logiciels et protocoles, des dizaines d’objets entre eux : des prises, des interrupteurs, des objets lumineux, des volets, des moteurs… Cela nécessite pour chacun d’investir en formation afin de maîtriser progressivement ces technologies. Du côté des « early adopters », il s’agit de mettre les solutions à portée de mains (sur un smartphone ou sur une tablette) et l’assistance à portée de téléphone. Tout l’enjeu est de se centrer sur l’usage. Enfin, l’accompagnement se fait aussi dans le financement. Ce nouvel accent mis sur les besoins ouvre un champ sans limite de fonctionnalités et d’offres à valeur ajoutée, centrées sur les usages et l’expérience de l’usager.


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