Interview de Catherine De Wolf, architecte spécialiste du design environnemental

Catherine De Wolf a étudié le génie civil et l’architecture à la Vrije Universiteit Brussel et l’Université Libre de Bruxelles (double diplôme, français et néerlandais), en Belgique, où elle a obtenu en 2012 la plus haute distinction et le prix d’excellence « Victor Horta ». En Belgique, ses recherches dans le domaine de la conception du cycle de vie concernaient la façon dont les interactions entre les bâtiments, les composants et les matériaux peuvent soutenir la conception pour la réutilisation grâce à une gestion durable des matériaux, appliquée à la rénovation des typologies de construction résidentielle à Bruxelles.

Impliquée dans plusieurs projets de recherche tels le développement d’une base de données interactive pour le carbone incorporé dans les bâtiments, elle réalise un doctorat, conseillée par le professeur John Ochsendorf au Building Technology Lab du Massachusetts Institute of Technology, où elle intègre le design environnemental dans le travail des ingénieurs et des architectes.

Vous avez développé une plateforme novatrice, pouvez-vous en détailler le principe et l’utilité ? A qui s’adresse cet outil eco-friendly ?

Nous avons besoin d’une méthode globale et uniforme pour pouvoir diminuer les émissions de carbone dès aujourd’hui. J’ai mis au point une base de données de bâtiments à travers le monde, recensant leurs quantités de matériaux et émissions de CO2. Cette base de données est associée à une interface interactive qui permet aux ingénieurs et architectes de comparer leur projet à des milliers d’autres bâtiments.

Prenons l’exemple de deux stades olympiques : le stade olympique de Pékin, connu sous le nom de « Nid d’Oiseau » et le stade olympique de Londres. Ma base de données a démontré que le stade de Pékin a émit 10 fois plus de carbone lors de sa construction que celui de Londres.

Le deuxième aspect de ma plateforme est un outil de conception assistée par ordinateur permettant une collaboration entre scientifiques, architectes et ingénieurs pour diminuer l’impact environnemental, tout en améliorant le fonctionnement, la structure et l’esthétique de leurs réalisations.

J’espère ainsi contribuer à une approche innovante de la construction, dans une approche qui laisse parallèlement une pleine liberté d’expression créative aux architectes et ingénieurs.

En quoi êtes-vous au carrefour de plusieurs métiers : design environnemental, architecture, ingénierie ?

J’ai suivi une formation d’ingénieur-architecte en Belgique avant de poursuivre des études dans le domaine des technologies de la construction (Building Technology) au MIT. Ma formation et mon approche ont donc toujours été interdisciplinaires.

L’architecture se situe entre science et art. Elle est intrinsèquement interdisciplinaire. Nous sommes par ailleurs tous responsables à notre niveau de faire en sorte de réduire notre impact négatif sur l’environnement.

La collaboration des différents acteurs de la conception est une nécessité : les ingénieurs optimisent les quantités de matériaux structurels, les architectes tiennent compte de l’environnement et des besoins des habitants, et les scientifiques et designers environnementaux apportent l’expertise nécessaire à la prise des meilleures décisions.

Quelles sont les particularités de votre approche ?

Afin d’éviter des catastrophes climatiques irrévocables, nous savons qu’il faut réduire les émissions de carbone dès à présent. Plutôt que de se concentrer sur la seule optimisation de la consommation future du bâtiment liée au chauffage et à l’éclairage , nous devons aussi réduire les émissions durant la phase de construction.

C’est la raison pour laquelle, au-delà de la prise en compte du « carbone opérationnel », mon projet englobe tout le reste du cycle de vie du bâtiment : l’extraction des matériaux, leur production, leur transport vers le chantier, la construction ou démolition du bâtiment et la gestion des déchets, ce qu’on appelle le « carbone intrinsèque ».

Comment en êtes-vous venue à travailler ces thèmes ? Comment vous positionnez-vous par rapport aux smart cities ?

J’ai voulu apporter aux smart cities le thème un peu délaissé du carbone intrinsèque. L’architecture environnementale a permis des innovations importantes dans la dernière décennie, mais on en sait toujours peu sur l’impact des matériaux et de la construction. Ayant toujours été intéressée par le Life Cycle Design, travailler sur ces thèmes était pour moi une évidence.

Quels sont vos souhaits pour votre secteur professionnel dans les années qui viennent et à plus long terme ? Que vous inspirent les mutations induites par l’écologie et les nouvelles technologies ?

J’appelle de mes voeux une prise de conscience chez les concepteurs de bâtiment mais aussi chez les clients et les entrepreneurs. C’est en fixant de nouveaux objectifs que l’on arrivera à diminuer l’impact environnemental du secteur du bâtiment.

Il n’est pas seulement nécessaire de penser une architecture qui consomme moins ou qui produit sa propre énergie. Il est également impératif d’avoir recours à des matériaux locaux, naturels et ce dans une constante recherche d’efficacité.

Ce mode de construction « alternatif » peut de surcroît donner lieu à des œuvres architecturales extraordinaires, comme les bâtiments en bambou ou en carton dont certaines cultures non-occidentales font la démonstration réussie.

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