Que faut-il retenir des récents rapports du GIEC ?

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Créé en novembre 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est un organisme ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Son dernier rapport a été rendu public dimanche 13 avril 2014. Le Groupe de travail III, chargé de trouver les moyens d’atténuer le changement climatique, souligne le problème de la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le rapport intitulé : «Changements Climatiques 2014 : Atténuation du Changement Climatique».

L’inévitable réchauffement climatique et ses conséquences

Une hausse des températures jusqu’à 4,8 °C

D’après le rapport, les modèles climatiques prévoient une élévation de la température comprise entre 0,3 °C et 4,8 °C pour la période 2081-2100, par rapport à la moyenne de 1986-2005. Cet écart dépend des quantités de gaz à effet de serre qui seront émises dans l’atmosphère à l’avenir. Jusqu’à maintenant, la Terre s’est réchauffée de 0,85 °C depuis 1880, et les trente dernières années sont les plus chaudes qu’a connues l’hémisphère nord depuis 1400 ans (l’optimum climatique médiéval). De 2000 à 2010, la production de charbon s’est redéveloppée et les émissions ont augmenté de 2,2 % par an contre 0,4 % en moyenne au cours des trois décennies précédentes.

Les experts du climat estiment avec une probabilité supérieure à 95 % que l’élévation de la température terrestre relevée depuis le milieu du XXe siècle est bel et bien le fait de l’accumulation des gaz à effet de serre d’origine humaine. Cette probabilité était évaluée à 90 % dans le précédent rapport. Sans efforts de la communauté internationale, le seuil des 2 degrés sera franchi dès 2030.

L’inévitable hausse du niveau des mers

Le rapport prévoit une hausse du niveau des mers située entre 29 et 82 centimètres d’ici la fin du 21ème siècle (2081-2100). Les climatologues ont revu à la hausse la fonte du Groenland et de l’Antarctique. Tout au long du siècle, les populations côtières dont une grande part en Asie, en Europe ou en Amérique latine seront soumises à des inondations de plus en plus fréquentes. D’ailleurs, une personne sur dix dans le monde habite une zone menacée par la montée des eaux.

Une insécurité alimentaire et sanitaire exacerbée

Parmi les victimes du réchauffement, l’agriculture est en première ligne. Selon le GIEC, les rendements des grandes cultures pourraient perdre en moyenne 2% par décennie si des changements ne sont pas amorcés, alors même qu’il faudrait augmenter la production de 14% par décennie pour répondre à la demande mondiale. Enfin, le Groupe de travail évoque des pénuries d’eau en Afrique, en Asie et dans le sud de l’Australie. L’Afrique subsaharienne souffrira le plus, avec la réduction de sa productivité agricole mais aussi l’augmentation de son insécurité hydrique.

Parallèlement, le GIEC prévoit une hausse des problèmes de santé dans de nombreuses régions, spécialement les pays en développement (accroissement des vagues de chaleur intense, mauvaise nutrition ou encore maladies liées à la contamination de l’eau et de la nourriture).

Par conséquent, le changement climatique va favoriser les risques de conflits avec un accès plus difficile à l’eau et aux ressources alimentaires, et des migrations accrues.

Limiter le réchauffement climatique passe par la performance énergétique

Sans changement majeur et rapide dans la production énergétique qui dépend du charbon et du pétrole, la température mondiale augmentera de 3,7 à 4,8°C à l’horizon 2100. Pour limiter cette hausse à 2°C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70% d’ici 2050.

Investir dans les énergies « bas carbone »

L’un des axes essentiels de la politique à conduire est de multiplier par 4 la production d’énergie neutre en carbone. Cela permettrait d’économiser chaque année à peu près 110 milliards de dollars, 0,15 % du PIB mondial, en cessant d’investir dans l’extraction des combustibles fossiles.

Améliorer l’efficacité énergétique

Le Groupe de travail affirme que les mesures les plus urgentes à prendre concernent les économies d’énergie et l’efficacité d’énergétique. 700 milliards d’euros devraient être investis dans le monde chaque année dans le secteur de l’efficacité énergétique et 200 milliards d’euros dans la production d’électricité incluant les énergies renouvelables. « Réduire la consommation énergétique nous donnerait plus de flexibilité dans le choix des technologies énergétiques bas-carbone, aujourd’hui et à l’avenir », a déclaré Raimond Pichs-Madruga, expert du Groupe de travail III.

La vision contrastée de l’AIE

L’Agence Internationale de l’Energie propose une vision un peu plus contrastée. L’AIE craint que les investissements soient insuffisants pour répondre à la demande énergétique mondiale. Elle explique que les investissements à venir doivent compenser la disparition des ressources disponibles. Parallèlement, il faudrait, selon elle, continuer à investir dans la production pétrolière au Moyen Orient pour éviter de déstabiliser le marché et provoquer l’envolée des prix. Les ressources fossiles devront répondre encore un temps la demande énergétique en croissance permanente.

Quelles que soient les résolutions, les deux organismes s’accordent sur l’urgence d’une action cohérente pour réduire l’impact du changement climatique. A ceux qui douteraient des propositions du GIEC, Rajendra Pachauri, son président, affirme que ce projet est tout à fait possible car il permet de « réduire de façon substantielle les émissions de CO2 sans entraver la croissance économique ou perdre des emplois ». L’appel d’urgence du GIEC devrait inciter les parties prenantes à davantage d’investissements et d’engagement notamment lors de la Conférence Paris Climat 2015.

Pour aller plus loin :

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