L’Effet-Rebond, talon d’Achille de l’Efficacité Energétique ?

Effet Rebond, efficacité énergétique, énergies renouvelables, domotique, consommation électrique

Le monde de l’énergie se trouve aujourd’hui confronté à un triple défi majeur. La croissance mondiale de la demande en énergie, principalement portée par les pays en développement et la raréfaction progressive des ressources entraîne une croissance inexorable du prix des énergies. La montée en puissance des aspirations écologistes et environnementales dans le débat public impose une redéfinition du système de production de l’énergie, un accroissement de la part accordée aux énergies renouvelables (EnR) et une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GeS). La conjoncture économique actuelle, enfin, pèse sur budgets des ménages, des entreprises, des organismes publics ainsi que des Etats et encourage  à réduire la consommation d’énergie.

Dans ce contexte, l’efficacité énergétique s’impose de plus en plus comme l’une des solutions majeures, tant dans les discours d’experts que dans les décisions politiques, de la transition énergétique qui s’impose partout dans le monde. Conjuguant réduction des besoins en production d’énergie (offrant ainsi une plus grande viabilité aux énergies renouvelables), réduction de la facture énergétique des pays comme des consommateurs (offrant ainsi un moyen de lutter contre le phénomène de la précarité énergétique) et réduction de la consommation finale d’énergie (permettant ainsi de limiter entre autres choses certaines émissions de gaz à effet de serre), l’efficacité énergétique ne semble avoir que des avantages. Mais ce qui fait sa force révèle également un de ses points faibles : en permettant aux consommateurs de réduire leur facture d’énergie, l’efficacité énergétique ouvre en réalité bien souvent la porte à une croissance de leur consommation finale d’énergie à travers l’« effet rebond ».

Qu’est-ce que l’effet rebond ?

Concept d’origine économique, l’effet rebond direct correspond à l’augmentation de la consommation d’un bien suite à la baisse du prix dudit bien, à budget constant. En d’autres termes, l’économie réalisée grâce à la baisse du prix est en partie, voire en totalité, réduite par une dépense de consommation supplémentaire. Appliqué au domaine de l’énergie à partir des années 1980 à travers l’énonciation du postulat Khazzoom-Brookes, l’effet rebond signifie un accroissement de la consommation d’énergie consécutif à l’accroissement de l’efficacité énergétique, réduisant de ce fait tout ou partie des économies d’énergies initialement attendues. Illustré dans le schéma ci-dessous, l’effet rebond correspond ainsi au déplacement de l’isoquante de service énergétique acquis du niveau SE au niveau SE’ des suites du déplacement de la contrainte budgétaire de C vers C’ des suites d’un accroissement de l’efficacité énergétique d’un bien particulier. La réduction attendue des économies d’énergies nettes par rapport aux économies d’énergies brutes représente ainsi l’effet rebond. D’un point de vue concret, cela signifierait par exemple l’augmentation du chauffage après l’achat d’un appareil plus performant.

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Source : GIRAUDET, « Les instruments économiques de maîtrise de l’énergie : Une évaluation multidimensionnelle », 2011.

Il existe également des effets rebonds indirects à l’augmentation de l’efficacité énergétique. Ces effets rebonds peuvent prendre des formes différentes suivant qu’ils concernent les ménages, les entreprises ou l’économie prise dans sa globalité mais correspondent tous à l’accroissement de la consommation d’énergie du fait de l’augmentation d’autres postes de dépenses que celui dans lequel l’économie initiale a été réalisée. Ainsi, par exemple, l’énergie nécessaire à la production de biens de consommation dont l’achat a été permis par les économies induites par l’augmentation de l’efficacité énergétique d’un bien en particulier constitue-t-elle un effet rebond indirect par rapport aux économies d’énergies brutes attendues de prime abord.

Combattre l’effet rebond par l’efficacité énergétique active

Appliquée au secteur du bâtiment (tertiaire et résidentiel) français, qui constitue après les transports le second plus gros poste de consommation énergétique, l’efficacité énergétique active permettrait de réaliser des économies de dépense en énergies de l’ordre de 13 à 20 milliards d’euros, au vu de la situation et des technologies actuelles, mais pourrait être supérieure encore du fait du caractère dynamique du potentiel d’économies d’énergie qu’elle représente. Or, elle pourrait également permettre de s’affranchir de tout ou partie de l’effet rebond direct décrit précédemment à travers notamment des mécanismes de pilotages automatisés de la consommation d’énergie.

En effet, à l’inverse d’autres secteurs de dépenses en énergies comme le transport, l’élasticité de la consommation d’énergies du secteur du bâtiment est relativement faible. Dit autrement, un consommateur aura davantage tendance à réduire le nombre de kilomètres qu’il parcourt en voiture à l’année, en privilégiant d’autres modes de transports, pour réduire sa facture plutôt que le nombre de jours où il doit allumer son chauffage, par exemple. Dans ce contexte, l’effet rebond direct observé dans la consommation énergétique allouée au secteur du bâtiment ne dépend pas tant du niveau de saturation du besoin de service énergétique (c’est-à-dire de la réponse à la question : fait-il assez chaud chez moi ?) que d’une modification du comportement du consommateur due à un manque d’attention ou une certaine inertie (McKinsey Global Energy and Materials, 2009) : tout se passe comme si, exception faite des ménages les plus pauvres qui n’avaient pas encore atteint le niveau de saturation de leurs besoins de service énergétique, l’allégement de la facture encourageait le consommateur à gaspiller davantage d’énergie pour le même tarif (laisser le chauffage allumé pendant une absence prolongée ou lorsqu’une fenêtre est ouverte, par exemple).

De fait, une étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) a montré en 2009 que les préoccupations budgétaires priment sur les préoccupations environnementales dans le choix des ménages de réduire leur consommation d’énergie. La contrainte budgétaire disparaissant, les économies d’énergies sont peu à peu abandonnées. Or, en transformant le consommateur passif en consomm’acteur responsable, l’efficacité énergétique active vise à lutter contre cette situation et à garantir la pérennisation des économies d’énergies. Elle permet la réduction de l’effet rebond, rendue possible à travers l’installation et l’utilisation de systèmes actifs de contrôle et de régulation de postes de consommations aussi divers que le chauffage, l’eau chaude sanitaire, la climatisation ou encore l’éclairage.

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