Tour d’horizon des Smart Grids : l’exemple de Nice

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L’évolution du monde énergétique et l’émergence progressive de sources décentralisées de production imposent une modernisation des réseaux énergétiques existants. Les smart grids, ou réseaux électriques intelligents, qui se déploient progressivement en Europe et dans le monde apparaissent comme une solution adaptée, efficace et déjà disponible à ces problématiques. À cet égard, l’Union Européenne a mis en place plusieurs expériences sur tout le continent européen, dont l’exemple français du Nice Grid en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Un projet local inscrit dans un cadre européen

Situé sur le territoire de la ville de Carros, au cœur de la métropole Nice Côte d’Azur, Nice Grid a vu le jour en 2008 au sein du projet européen Grid4U. L’installation du dispositif a démarré en 2012, avant le début de l’expérimentation concrète, début avril 2014. Le processus commence avec le projet Premio, mené sur le village de Lambesc, qui a été sélectionné dès septembre 2008. C’est le premier démonstrateur Smart Grid installé en France, dans lequel dix catégories de ressources ont été expérimentées en l’espace d’un an. L’expérience du Nice Grid qui a suivi devrait se poursuivre jusqu’à l’horizon 2017 et les premiers résultats exploitables pourraient être disponibles à l’horizon 2015. C’est au total presque 4 ans d’expérimentation, un consortium de 8 entreprises, plus de 1500 usagers volontaires et un budget de près de 30 millions d’euros, financé en partie par l’Ademe et la Commission Européenne.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre plus large du Grid4U qui a pour objectif de tester, à l’échelle européenne et dans des territoires distincts, la faisabilité technique et la viabilité économique du Smart Grid tant au niveau du climat que de la densité de population. Cinq autres territoires prennent ainsi part à l’expérience Grid4U : la ville de Vrchlabi en République Tchèque, la province de Forli-Cesena en Italie, la province de Castellon en Espagne, la ville d’Uppsala en Suède et la commune de Reken en Allemagne.

Des conditions d’expérimentation choisies

Tous ces territoires correspondent à un climat (tempéré, sec, froid, doux, froid et venteux, chaud et venteux) ainsi qu’à une densité de population spécifiques (urbaine, semi-urbaine ou rurale) et se focalisent sur des modes de production et des formes de réseaux particuliers. La métropole Nice Côte d’Azur est pour sa part caractérisée par une densité semi-urbaine avec un climat chaud et venteux et se concentre sur les énergies éolienne et solaire.

La région de Nice est en effet un territoire favorable à  cette expérimentation pour plusieurs raisons : elle rencontre des difficultés d’approvisionnement en énergie,  dispose d’un ensoleillement important et, enfin, il existe une réelle volonté politique de la part de la collectivité d’insérer des énergies renouvelables dans le réseau électrique. La ville de Carros dispose par ailleurs d’ores et déjà d’une solide base de production d’énergie solaire, avec 15% d’usagers équipés d’installations photovoltaïques dans le quartier Emigra, sélectionné pour l’expérimentation.

Organisation, objectifs et défis du Nice Grid

Lors d’une émission réalisée par CleanTech Republic au salon Pollutec Horizons 2013, les porteurs du projet ont annoncé viser trois objectifs à terme avec le Nice Grid : permettre l’installation massive d’énergies photovoltaïques, observer le comportement des consommateurs, tester l’autonomie du Smart Grid, la viabilité de son modèle économique, ainsi que l’efficacité du matériel mis en place (réseaux, compteurs et batteries). Cette première expérience pourrait ainsi constituer à l’échelle de la planète une opportunité pour les régions très ensoleillées, comme l’est la région PACA.

Avec Nice Grid, les initiateurs du projet cherchent à mettre en place l’« effacement de consommation », c’est-à-dire l’optimisation de la demande d’énergie dans le temps et la réduction des consommations, mais aussi à observer le comportement des usagers selon une approche sociologique et psychologique. En effet, ceux-ci sont dotés d’équipements de contrôle de certains de leurs usages électriques et prévenus la veille par SMS de leur situation énergétique et des éventuelles actions à entreprendre ou envisager (un arrêt momentané du chauffage par exemple). Chaque jour, les informations seront collectées pour le lendemain grâce à un poste de contrôle situé à Toulon, répertoriant les prévisions de production solaire et de consommation, identifiant les risques de surtension et, enfin, déterminant le programme optimal d’effacement et de stockage pour équilibrer l’offre et la demande.

D’après le site Internet du Nice Grid, le dispositif se divise en trois zones aux visées différentes. Dans un premier cadre élargi, jusqu’à 1500 clients volontaires se verront reliés au réseau électrique intelligent. Dans une zone plus restreinte, des panneaux photovoltaïques seront installés afin de créer un « quartier solaire » pour les 200 clients du quartier Emigra. Enfin, une dernière zone sera créée. Dite de l’ « îlotage », elle se situera à l’intérieur même du « quartier solaire » et pourra disposer d’une autonomie complète en énergie au cours de certaines périodes grâce à des outils de stockage installés sur le site. Cette organisation permettra ainsi de tester l’enjeu principal du projet : mettre à l’épreuve la combinaison au quotidien de sources décentralisées de production photovoltaïque et de capacités d’effacement, disponibles grâce aux systèmes de stockage électrique de grande puissance répartis sur le réseau.

Cette expérimentation grandeur nature devrait permettre, en Europe, de favoriser le développement des smartgrids en prouvant la faisabilité technique et la viabilité économique des réseaux intelligents.

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