Tour d’horizon des Smart Grids : L’exemple Coréen

Smartgrids, Corée du Sud, Efficacité Energétique

L’évolution du monde énergétique et l’émergence progressive de sources décentralisées de production imposent une modernisation des réseaux énergétiques existants. Les smart grids, ou réseaux électriques intelligents, se déploient progressivement en Europe et dans le monde et apparaissent comme une solution adaptée, efficace et déjà disponible à ces problématiques. Parmi les exemples actuels de projets les plus aboutis en matière de smart grids, la Corée du Sud fait figure de pays précurseur et ambitieux.

Dépendance énergétique et « croissance verte »

10ème pays le plus consommateur d’énergies primaires au monde, la Corée du Sud est importatrice de 97% de sa consommation d’énergie. Pour réduire cette forte dépendance énergétique, l’ancien Président Lee Myung Bak  a fait le choix dès le début de son mandat d’appuyer le développement économique de la péninsule sur une « croissance verte à faible émission de carbone».

Cette « croissance verte », repose sur trois objectifs principaux : la réduction de la dépendance au pétrole, le soutien aux économies d’énergie et la diminution des rejets de gaz à effet de serre. Mais plus encore, l’ambition du gouvernement coréen porte sur sa volonté de miser sur la convergence entre mondes de l’énergie et du numérique et ainsi de développer et mettre en place un système de réseaux électriques communicants et intelligents sur l’ensemble de son territoire d’ici à 2030. Afin d’atteindre cet objectif, l’Etat coréen a lancé en 2009 sa première expérience à échelle réelle de smart grid. Il s’agit de la plus grande installation smart grids au monde, avec un nombre record de technologies de pointe mises en oeuvre.

L’île de Jéju : un laboratoire de smart grids grandeur nature

Au coeur des principes qui régissent le projet sud-coréen : le consommateur. L’accent est en effet mis sur la responsabilisation de l’usager du réseau en le renseignant sur le volume et le moment de ses consommations et en le poussant à rationaliser et à optimiser sa demande d’énergie en fonction de la quantité qui est mise à sa disposition.

L’ile de Jéju, au sud de la péninsule, a été choisie pour expérimenter le projet sur un total de 2000 foyers. Chacun d’entre eux a été équipé d’un compteur « intelligent » permettant de transmettre en temps réel les flux de consommation d’électricité. En se basant sur la collecte de ces données, l’opérateur du réseau a ensuite mis en place un système de variation des tarifs en temps réel afin d’inciter les utilisateurs à s’adapter aux nouvelles conditions en revoyant leurs comportements de consommation.

De manière plus concrète, cette expérience a également permis de tester plus de 84 nouvelles technologies, parmi lesquelles des techniques de pilotage d’appareils électroménager telles que des « smart » machines à laver ou encore des « smart » réfrigérateurs.  Le principe, derrière ces appareils connectés, est de réserver les usages les plus gourmands en énergie aux périodes de creux, pendant lesquelles les tarifs de l’électricité sont plus bas, et ainsi d’effacer les plus importants pics de consommation observés sur le réseau. Au-delà de cette fonction de pilotage automatisée, une application donnait également aux usagers la possibilité de commander à distance leurs appareils électroménagers « intelligents », par le biais de leur smartphone.

Un résultat mitigé et un marché potentiellement insuffisant

Bien que la phase de test se soit achevée en mai 2013, les résultats officiels ne sont pas encore disponibles. Toutefois, des données officieuses dévoilées par Jerry Yang[1], chef d’équipe au Korea Smart Grid Institute, en charge du pilotage du projet, semblent indiquer que les résultats obtenus sont insuffisants par rapport aux objectifs fixés. Selon lui, en effet, « les évaluations préliminaires officieuses montrent des économies d’énergie légèrement supérieures à 10 % », une partie des ménages testés n’étant pas encore prêts à utiliser ces technologies.

Par ailleurs, les entreprises privées qui ont aidé au financement du projet à hauteur de 115 millions d’euros (sur un coût total 170 millions d’euro) montrent des réticences quant au développement de solutions semblables à l’échelle du réseau coréen dans son ensemble, en raison notamment de la faible attractivité du retour sur investissement. De plus, les contrôles du marché par l’Etat et les tarifs de l’électricité inférieurs à la réalité du marché n’incitent pas les consommateurs à investir dans des technologies de pilotage de leur consommation.

La balle est donc aujourd’hui dans le camp du gouvernement qui, s’il veut maintenir ses objectifs ambitieux, devra mettre en place les conditions nécessaires à l’implication des différentes parties prenantes.

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[1] Citation : La Tribune, septembre 2013

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