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L’analyse du secteur de la rénovation thermique par l’Institut Montaigne

Posté par admin le 21/02/2014 à 10:11 Dans Habitat,Industrie,Tertiaire | Pas de commentaire

Le secteur du bâtiment, résidentiel comme tertiaire, représente le premier poste de consommation d’énergie en France. Il est aussi le premier émetteur de gaz à effet de serre. Il constitue donc un levier de choix pour mener à bien des actions d’efficacité énergétique de grande ampleur. Dans son rapport de septembre 2013 « Habitat : pour une transition énergétique ambitieuse » l’Institut Montaigne, think-tank dirigé par Laurent Bigorgne, détaille les enjeux liés à la performance énergétique du bâtiment et propose des pistes de mise en place des solutions d’efficacité énergétique.

Le logement et la rénovation thermique de l’habitat, principaux leviers de la transition énergétique

Selon les chiffres de la Direction Générale de l’Energie et du Climat (DGEC) repris par l’Institut Montaigne dans son rapport, le secteur représente à lui-seul 44% de la consommation finale en énergie.

Le rapport considère que la stratégie de rénovation énergétique permet de remplir trois objectifs : réduire la facture énergétique des ménages et des entreprises, sécuriser les approvisionnements énergétiques et contribuer aux politiques climatiques. Au regard de ces priorités, le secteur du bâtiment est un important vecteur d’efficacité énergétique ; en effet, les secteurs du tertiaire et du résidentiel représentent à eux seuls 23% des émissions de gaz à effet de serre du pays.

Les contributeurs rappellent au passage l’intérêt de soutenir cette filière émergente, en citant le cabinet Carbone 4, qui montre par ses études que 8 milliards d’euros investis dans les travaux de rénovation énergétique peuvent générer 100 000 emplois durables. Yannick Perez, professeur associé à Supélec, résume les 3 principaux avantages de l’efficacité énergétique selon lui: la baisse de la consommation d’énergie, la création d’emplois durables, mais aussi l’efficacité de la dépense publique.

Afin d’atteindre ces objectifs ambitieux, plusieurs évaluations financières des mesures nécessaires ont été réalisées par les différentes parties prenantes. En effet, en 2012, l’Union Française de l’Electricité (UFE), le Gimélec et le cabinet carbone 4 ont tous les trois proposé leur chiffrage ; selon les mesures prioritaires fixées, l’enveloppe varie entre 8 et 60 milliards annuels consacrés à l’efficacité énergétique d’ici à 2020.

Performance énergétique du bâtiment : quatre composantes stratégiques

En matière de rénovation énergétique, le rapport encourage la combinaison de quatre éléments : une efficacité énergétique dite « active », un comportement sobre des « consomm’acteurs », des équipements économes et, enfin, une bonne isolation du bâtiment. Réaliser la totalité des opérations s’avère relativement coûteux pour les ménages, c’est pourquoi les professionnels recommandent « d’établir préalablement leur séquençage de manière à maximiser l’utilité des investissements du consommateur ».

Bien que l’ordre des travaux soit encore discuté par les spécialistes, « la mise en place de dispositifs d’intelligence dans le bâtiment » ou l’efficacité énergétique active permet assurément d’atteindre les meilleurs taux de retour sur investissement. Ces derniers réduisent encore davantage la facture énergétique lorsqu’ils sont combinés à un comportement sobre du consommateur. Pour obtenir de tels résultats, il convient de sensibiliser les utilisateurs sur des éco-gestes et d’agir « sur les conditions systémiques et micro-économiques » des professionnels, notamment avec des dispositifs incitatifs.

Le progrès technique offre aux ménages la possibilité de disposer « d’équipements plus économes en énergie qui permettent de réduire la consommation pour un même service rendu ». La liste des modifications qui peuvent être apportées au système énergétique est longue, des chaudières à l’éclairage en passant par les radiateurs, autant de choix que de manières de réaliser d’importantes économies.

Enfin, l’isolation permet d’assurer le maintien de la température intérieure même si la température extérieure tend à la faire baisser en hiver ou la faire monter en été. L’étude met toutefois en garde contre « l’effet rebond » : de manière paradoxale, ce dernier montre que les solutions de l’efficacité énergétique peuvent conduire à une plus grande consommation des services. Ainsi malgré les performances thermiques des nouveaux logements, on remarque que certaines installations consomment tout de même plus d’énergie.

Les obstacles à surmonter pour le développement de la filière

Les chercheurs énumèrent cependant 4 difficultés qui ralentissent le rythme de la rénovation énergétique. En premier lieu, c’est « l’hétérogénéité des situations » du parc immobilier qui complique la généralisation des mesures d’envergure. Qu’il s’agisse de la localisation, du niveau de ressources des ménages, ou encore des modalités d’occupation du logement, chacune de ces spécificités a une incidence directe sur les comportements et les décisions des consommateurs et des producteurs de logements.

Autre frein au développement, le manque de formation et de coordination des professionnels. Le baromètre Harris Interactive sur l’efficacité énergétique nous rappelle qu’actuellement seuls 50% d’entre eux disposent d’une formation, et à peine 30% d’une certification. Le label Reconnu Garant de l’Environnement (RGE) devrait inciter les acteurs du bâtiment à recourir plus systématiquement à une formation dans la mesure où cette qualification sera en effet requise à partir du premier juillet 2014.

Le manque d’information à destination des utilisateurs est également un important facteur d’immobilisme. Il est vrai que le rôle du « citoyen-consommateur » est souvent décisif en matière d’efficacité énergétique. C’était d’ailleurs l’objectif du « plan administratif » de la transition énergétique qui a organisé un guichet unique par la mise en place d’un réseau de points Info-Service précédant la baisse de la TVA et la réorientation du Crédit d’Impôt Développement Durable.

Pour les auteurs, les difficultés de financement, liées en partie à la sous-évaluation des prix de l’énergie, seraient le dernier facteur de ralentissement de la rénovation énergétique. La Cour de Justice de l’Union Européenne a rendu un arrêt qui conteste le mécanisme de compensation des surcoûts de la production éolienne sur le marché de l’énergie français, du fait des interventions de l’Etat.

4 axes de travail déclinés en 7 propositions pour améliorer le parc de logements

La première étape envisagée serait de quantifier « les objectifs de rénovation énergétique ». Pour y parvenir, les conclusions du rapport préconisent de modéliser et de chiffrer les retombées des actions entreprises par type d’action, en établissant un référentiel contraignant et ajusté localement. Logiquement, elles suggèrent donc de décentraliser la gestion des financements et la diffusion de l’information.

Les professionnels soulignent également l’importance d‘aiguiller le consommateur dans ses démarches. Plusieurs moyens permettent de répondre à cette proposition: engager la réflexion autour du diagnostic de performance énergétique, entamer une collaboration avec la CNIL, ou encore labéliser la profession pour crédibiliser les opérations de travaux.

Autre axe de recherche mentionné par le document, la fiscalité et la tarification. A ce titre, la publication est vraiment « ambitieuse ». En effet, elle préconise d’abord de rétablir le prix de marché de l’énergie. Ensuite, elle invite à poursuivre les discussions autour de la fiscalité écologique et du marché carbone. Principal fil directeur, la question de la tarification de l’offre doit correspondre à la double vocation de la filière : financer la transition et lutter contre la précarité énergétique.

Pour conclure, l’analyse de l’Institut Montaigne appelle à une meilleure structuration et régulation de la filière dédiée à la rénovation énergétique. C’est avec ces deux objectifs que les partenaires recommandent de renforcer la formation en mutualisant les bonnes pratiques et de systématiser l’éco-conditionnalité des financements publics. Tandis que ces mesures doivent générer un fort effet d’entraînement sur l’ensemble des praticiens, les contributeurs appellent aussi à une réorganisation de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) en autorité judiciaire, dans le but de prévenir les interventions gouvernementales, « préjudiciable(s) à l’activité concurrentielle et à ses bénéfices pour le consommateur ».

En savoir plus :

  • Habitat : pour une transition énergétique ambitieuseInstitut Montaigne
  • Directive Performance Energétique des Bâtiments - 2010/31/EU – Commission Européenne
  • Le baromètre international de l’efficacité énergétiqueHarris Interactive
  • Emplois verts : Pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone – Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)
  • Les professionnels au cœur de la révolution énergétique Energie 3.0 – REXEL

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Lien de l'article: http://www.efficacite-electrique.fr/2014/02/analyse-renovation-thermique-institut-montaigne/

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