Transition énergétique et sobriété : la conférence annuelle de la Chaire développement durable de Sciences Po

La première édition de la conférence annuelle de la Chaire Développement Durable de Sciences Po dont Rexel était partenaire, a eu lieu mercredi 30 octobre sur le thème « Transition énergétique et sobriété : enjeux et rôles de l’échelon territorial ». L’événement, qui fait suite aux huit mois de débat national sur la transition énergétique, a permis aux différentes parties prenantes (entreprises, organisations de la société civile, collectivités locales, institutions internationales, Etats) de dialoguer autours des problématiques  suivantes : quelles suites attendre des avancées du débat national, et quels rôles devront jouer territoires et entreprises ? Pourquoi la thématique « sobriété » sort-elle non résolue de ce grand débat et reste-t-elle un point de divergence entre praticiens et observateurs ? Quels sont, pour les acteurs territoriaux, les leviers pour passer de la théorie à la pratique ? Pour en débattre, trois tables rondes étaient à l’ordre du jour :

  • Transition et sobriété vues par la recherche. Avec Didier Pourquery, Rédacteur en chef  développement éditorial (Le Monde) – Philippe Baret, Docteur en sciences agronomiques – Gaëtan Brisepierre, Sociologue indépendant – Damien Demailly, Responsable du programme Nouvelle Prospérité
  • Transition et sobriété à l’échelon territorial : quelles initiatives sur le terrain ? Avec Andréas Rudinger, Chercheur Politiques climatiques et énergétiques (Iddri) – Jean-Luc Daubaire, Adjoint au Maire de Rennes – Michel Leclercq, Vice-président de l’association Éoliennes en Pays de Vilaine – Jean-Philippe Puig, Directeur Général de Sofiprotéol – Joe Spiegel, Président Délégué de l’agglomération Mulhousienne
  • Quelles politiques publiques pour accompagner la mise en œuvre territoriale de la transition énergétique? Avec Michel Colombier, Directeur scientifique (Iddri) – Nicolas Garnier, Délégué Général d’Amorce – Gérard Magnin, Fondateur et Directeur du réseau EnergyCities – Majdouline Sbaï, Vice-présidente du conseil régional Nord – Gaël Virlouvet, Administrateur de France Nature Environnement

Une réappropriation du débat national à l’échelle locale

En introduction de la conférence, Laurence Tubiana, directrice de la Chaire et facilitatrice du débat national sur la transition énergétique, a mis en avant le rôle de l’échelon local dans les réflexions sur la transition énergétique (DNTE).

« L’échelon territorial a apporté des éléments au débat sur la transition énergétique qui sont représentatifs des évolutions de la société française. Il en ressort un contraste extraordinaire entre la difficulté de s’entendre à Paris et l’ouverture d’un débat local ».

Lors du DNTE, 2000 débats se sont tenus sur la transition énergétique à travers toute la France. Mme Tubiana souligne la capacité des collectivités territoriales à mettre en œuvre des actions concrètes, malgré les difficultés décisionnelles à l’échelon national.

« Ce qui est apparu impossible à Paris paraissait déjà en marche en province, dans les régions, dans les agglomérations. Par exemple le couplage entre croissance économique et consommation de l’énergie faisait l’objet d’un drame à Paris mais était une évidence dans beaucoup de régions. Autre exemple, l’objectif de réduction de 80% des émissions carbone : il était pleinement intégré localement dans beaucoup de plans régionaux d’action pour le climat mais remis en cause par certains à Paris. Enfin, la réduction de 50% de la consommation énergétique : une évidence dans la logique de dé-carbonisation en province mais une impossibilité, une crise de croissance à Paris ».

Au final, Madame Tubiana constate que les « corps intermédiaires ne représentent plus du tout ce qui se passe dans la société française. Il y a une grande division entre la façon dont notre société est perçue à Paris et ce qui se passe dans la réalité ».

La transition énergétique : un construit collectif

Michel Colombier, membre du groupe des experts du débat national sur la transition énergétique, qui a co-introduit la conférence, a pour sa part insisté sur la nécessité d’une action collective : une transition énergétique qu’« il ne faut pas considérer uniquement de façon individuelle et comme une somme de contraintes mais considérer comme un construit collectif, en la prenant en compte aussi au niveau des collectivités locales, là où on a senti une dynamique, une envie de changement ». Si les changements comportementaux des individus et les innovations technologiques sont au cœur de la transition énergétique, ils s’inscrivent dans un contexte de mutation globale où l’ensemble des acteurs a un rôle à jouer : « Ce dont une société a besoin c’est tout un panel de services qui nécessitent de l’énergie. Les comportements changent de façon évidente. La question qui se pose est la suivante : quelles sont les aspirations nouvelles, comment peut-on inscrire la question de la transition énergétique dans ces mutations ? ». Pour Michel Colombier la transition énergétique doit être en phase avec les mutations globales de la société et les nouveaux besoins en termes de services.

Construire un couple « efficacité-sobriété » par la modification des comportements

En clôture de la conférence, Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof (Sciences Po), a insisté sur l’importance de lier les termes sobriété et efficacité : «  Il ne faut pas considérer le terme sobriété de façon isolée, et notamment ne pas l’isoler du terme beaucoup plus positif qu’est l’efficacité. Il faut réussir à construire un couple efficacité-sobriété ». Les mutations technologiques nécessaires à la transition énergétique doivent être corrélées en amont à une prise de conscience comportementale : « il n’y a pas d’efficacité d’un dispositif technique mis en place sans une réponse des comportements conformes à la technologie mise en place. Des bâtiments technologiquement impeccables mais sans que leurs habitants aient eu un bon apprentissage des comportements sont une réponse imparfaite. D’intéressantes technologies ont été créées de façon descendante mais les consommateurs ne se retrouvent pas dans cette technologie ». Si la technique a besoin de la sobriété, l’inverse est également vrai : « C’est l’exemple de l’économie de partage : pour fabriquer de l’économie de partage, il faut de la technologie. Il faut notamment les technologies de l’information et de la communication. ». Une technique qui doit accompagner la conviction des individus : en ce sens la démocratie est un facteur d’efficacité. La démocratie n’est pas un frein à l’efficacité énergétique mais au contraire une condition pour rendre la technique intelligible : la co-construction permet l’appropriation des techniques par le consommateur.

Des initiatives locales et individuelles reprises aux échelles nationale et globale

La transition énergétique a trop souvent mis de côté l’échelle locale et individuelle, comme lors du Grenelle, pour se concentrer sur la seule échelle nationale. Les initiatives locales seront pourtant l’une des clés de cette transition et pourront être reprises à un niveau national. C’est l’un des points soulevés par Laurence Tubiana en clôture de la conférence : « Parler au niveau local de quelque chose de global : c’est je crois dans ce mélange, dans cette acceptation que les échelles parlent, agissent, font levier sur des niveaux qui sont locaux ou nationaux qu’il faut comprendre comment les systèmes changent. Les villes qui font tant d’efforts en faveur de la diminution des émissions de gaz à effet de serre ne le font pas par rapport à des intérêts locaux mais par rapport à une cause globale, une compréhension du système, une vision de l’avenir. » Dans ce sens, l’individu et l’échelle locale, souvent mis en bout de chaîne de la transition énergétique, sont remis en son cœur.

Pour en savoir plus :

L’ensemble de la conférence est disponible en vidéo sur le site de la Chaire Développement Durable de Sciences Po.

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