Les évolutions du système énergétique et la transformation de nos modes de vie

"efficacité énergétique", Energie 3.0, smart grids, énergies renouvelablesComment les innovations technologiques ont-elles contribué à bouleverser le monde de l’énergie ? Quelles sont les innovations successives qui ont permis de faire évoluer le système énergétique et ont transformé les usages ? Retour sur plus d’un siècle d’histoire énergétique.

Les origines du système énergétique

Le premier système énergétique fonctionnait avec les industries rurales, qualifiées de « putting-out system » par l’historien Jacques Brasseul. Cette organisation s’expliquait en partie par l’état des techniques de l’époque : les moulins et les forges s’approvisionnaient en eau, en bois et en vent. Chaque unité de production était donc alimentée par une ressource de proximité ; puis vint la première révolution énergétique 1.0…

La production énergétique se caractérise alors par une double inspiration, la centralisation et la verticalité. Les principaux producteurs d’énergie font alors valoir l’intérêt d’un vaste marché de l’énergie, dominé par quelques opérateurs nationaux. En effet, les investissements à réaliser sont conséquents et le modèle économique repose largement sur les économies d’échelles attendues. Avec la standardisation des moyens de production, l’amélioration des moyens de transport de l’énergie et le développement du réseau électrique, la concentration répondait au mieux aux contraintes physiques et techniques de la période.

Toutefois, pour maîtriser et satisfaire une charge du réseau électrique toujours plus puissante (l’augmentation constante de la demande d’électricité), de nouveaux procédés de production vont émerger. Afin de prévenir le risque de défaillance, certains spécialistes comme l’ingénieur des Arts et Métiers Michel Labrousse, considèrent que « l’option la plus prometteuse est de tendre vers des systèmes énergétiques décentralisés et l’énergie répartie ». C’est avec ces nouvelles préoccupations que le développement de la recherche a stimulé l’essor des alternatives énergétiques.

Les alternatives énergétiques : décentralisation et renouvelables

La diffusion des idées libérales dans les années 70 entraîne également la remise en cause du modèle de l’énergie centralisée. Sous l’effet de nouvelles réglementations les activités de production d’énergie, de transport et de distribution se retrouvent séparées. C’est le début de la concurrence entre le modèle traditionnel de l’énergie et cette nouvelle conception 2.0 qui se caractérise tout autant par les énergies renouvelables que par les « BEPOS », ou bâtiments à énergie positive. Elle s’appuie entre autre sur une forte amélioration des capacités de stockage, qui continue d’ailleurs de se poursuivre actuellement.

Consécutivement, les grands projets d’énergies alternatives voient le jour. A présent les acteurs du secteur sont confrontés à une recomposition de la carte de la production énergétique. L’état des lieux réalisé par le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) s’accorde avec les données du service statistique du Ministère du développement durable (SoES) et évalue à 15% la part des énergies alternatives dans notre mix électrique. Avec les objectifs que s’est fixé la France, cette part devrait passer à 23% dès 2020, ce qui se traduit notamment par le lancement de nombreux chantiers à travers le pays.

Du fait de cet éparpillement sur le territoire des unités de production, la Cour des Comptes préconisait dans son dernier rapport sur les ENR à l’été 2013, de « mettre en place un dispositif centralisé du suivi statistique permettant de donner toute la visibilité requise pour éclairer les décisions ». Une manière d’obtenir des retours d’expérience représentatifs afin de déterminer les orientations à retenir pour l’avenir. Ces données serviront en particulier à mesurer l’efficience des dispositifs de soutien afin de réaliser les arbitrages entre les filières et de s’assurer ainsi la soutenabilité des choix de long terme.

L’énergie 3.0, le pouvoir au consommateur

Après avoir centralisé la production pendant des décennies, le progrès technique nous permet d’envisager une organisation plus efficace et qui s’appuierait d’avantage sur un modèle hybride : à la fois centralisé et décentralisé. Le modèle classique vertical pourra cohabiter avec un système fondé sur l’usager qui aura la capacité d’agir sur sa consommation d’énergie. C’est la vision que développe Rudy Provoost dans son ouvrage Energie 3.0 : « le modèle décentralisé ne va pas faire disparaître le modèle centralisé, mais ils vont se renforcer mutuellement ». Les deux modèles vont converger pour répondre de façon plus précise et plus adéquate aux usages des consommateurs.

Ce nouveau modèle énergétique est économiquement vertueux. Le pilotage énergétique représente à lui seul des gisements d’économies d’énergie de l’ordre de 44% de la consommation finale d’électricité. A très court terme, cela pourrait signifier une division par deux de la facture énergétique des ménages, simplement en proposant des offres personnalisées de biens et services en vue de calibrer leur consommation énergétique.

En savoir plus :

  • Energie 3.0, Rudy Provoost
  • L’efficacité énergétique, levier de la croissance énergétique, GIMELEC
  • Ré-inventer le feu, Amory Lovins
  • Histoire des faits économiques, Jacques Brasseul
  • La politique de développement des énergies renouvelables, Cour des Comptes
  • « L’évolution des systèmes énergétiques », Cahiers de Global Chance, Edgar Blaustein
Bookmark and Share

About admin