Effacement diffus : l’efficacité électrique par les microcoupures

La gestion des pics de consommation électrique constitue un défi majeur pour les gestionnaires et les fournisseurs d’électricité. La bonne tenue de notre réseau électrique, qui repose sur l’équilibre entre l’offre (l’électricité produite) et la demande (l’électricité consommée), est aujourd’hui menacée par une croissance continue des pics de consommations susceptibles d’engendrer des coupures massives et régulières (blackout). Afin d’y remédier, la technique de l’effacement diffus tend à s’imposer comme une solution pragmatique.

Effacement diffus ? Définition

Si la croissance de notre consommation électrique est absorbée par nos capacités de production, l’évolution des pointes électriques est, elle, préoccupante. En effet, alors que notre consommation croît en moyenne de 0.6% par an, les pointes augmentent elles de 3% et ont connu une hausse spectaculaire de 14% entre 2005 et 2012. La multiplication des vagues de froid, les appareils électriques ou encore l’usage des radiateurs électriques – qui équipent encore 31% des ménages français, soit le record européen – sont autant de facteurs expliquant tant la hausse générale de la demande énergétique que la multiplication de pointes de consommation. C’est lorsqu’ils induisent un déséquilibre entre l’offre et la demande que les pics de consommation deviennent problématiques. Ceux-ci s’expliquent alors par une mauvaise prévision de la consommation escomptée, provoquant un déficit de production et, par-delà, un risque de blackout. Pour faire face aux déséquilibres, deux solutions se présentent. La première consiste à augmenter momentanément la production d’électricité en activant des centrales électriques de pointe (charbon, fioul, gaz). Elle ne peut être viable sur le long terme en raison des fortes émissions de CO2 provoquées par ces sources d’électricité. La seconde solution, plus prometteuse, entend faire diminuer la demande afin de l’équilibrer avec l’offre, c’est la technique de l’effacement. Cette technique, qui consiste à couper de manière immédiate et coordonnée certains postes de consommation, trouve à s’appliquer tant au niveau des particuliers que des industriels. Un arrêté du ministère de l’écologie prévoit que les industries électro-intensive (aluminium, chimie), puissent se voir demander, sur la base du volontariat, d’interrompre leur consommation pour une durée oscillant de 15 minutes à 1H afin de rééquilibrer le réseau en contrepartie d’une remise sur leurs factures d’électricité futures.

La technique de l’effacement diffus, qui concerne les particuliers, consiste elle à réduire la consommation générale d’électricité en interrompant de façon simultanée un grand nombre de postes de consommation. Cela peut ainsi concerner les radiateurs ou les climatiseurs qui seront interrompu durant un laps de temps suffisamment long pour rééquilibrer l’offre par rapport à la demande mais suffisamment court pour n’engendrer aucune gêne pour le consommateur. La suspension temporaire est assurée par un opérateur d’effacement qui contrôle les postes de consommation du particulier à distance via un boîtier installé préalablement sur le compteur électrique.

« L’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas »

Le premier enjeu est évidement environnemental. La généralisation de l’effacement diffus, en évitant les pics de consommation, permettrait de mettre un terme aux mises en route lors des pics des centrales thermiques fortement émettrices de CO2, et engendrerait une forte diminution de la production d’électricité. Si les 7 millions de foyers chauffés à l’électrique adoptaient l’effacement diffus, une économie potentielle de 10 à 20 gigawatts d’électricité serait réalisée par jour en période de grand froid. En outre cela permettrait une meilleure intégration du réseau des énergies renouvelables. Alors que les fluctuations de production de celles-ci sont un frein à leur développement en raison des difficultés de stockage de l’électricité, l’effacement diffus se trouve être une solution face aux  baisses de production en adaptant la demande.

La directive européenne sur l’efficacité énergétique (Directive 2012/27/UE du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2012 relative à l’efficacité énergétique) avait décrété que « l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas ». C’est bien là toute la philosophie de cette technique de « rationalisation ». Lors de l’effacement, l’équipement s’arrête, ce qui doit en toute logique engendrer une baisse de la consommation et donc de la facture d’électricité. Néanmoins gare à l’effet « report »,  en effet le gain d’énergie généré durant l’effacement peut en partie être annulé par une hausse de la consommation à l’issue de l’effacement et ce afin de retrouver la température souhaitée par exemple.

Le taux d’économie d’électricité obtenu les jours d’effacement rapporté à la consommation moyenne journalière totale d’un foyer oscille entre 6,8% et 8,3% (test mené par l’ADEME et le CSTB de janvier à mars 2012 sur un panel de 2800 personnes). L’ADEME précise néanmoins que cette réduction ne sera pas forcément proportionnelle sur la facture en raison des différentes tarifications existantes de l’électricité. Les boîtiers installés sont également susceptibles de fournir aux utilisateurs de nombreuses informations pouvant à terme être un facteur incitatif à une baisse générale de leur consommation, même s’il faudra veiller à ce que les opérateurs respectent la confidentialité des données et assurent le respect de la vie privée des consommateurs.

Encore embryonnaire, cette technique ouvre un marché et des solutions nouvelles qui sont appelées à se développer sur l’ensemble du territoire afin d’assurer notre sécurité énergétique et nous permettre de respecter nos engagements environnementaux.

En savoir plus :

Bookmark and Share

About admin