Un emblème de la ville durable en Europe : Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne

énergies renouvelables, photovoltaïque, mix énergétiqueX, éolien, habitat, transport« Ville verte », « Cité solaire », « Capitale écologique » : Fribourg-en-Brisgau est devenue ces dernières décennies une ville pionnière en matière de développement durable. Cette municipalité de l’Etat fédéral de Baden Württemberg, au sud-ouest de l’Allemagne, doit sa réputation à des politiques très engagées menées dans le domaine de l’environnement, des énergies renouvelables, de l’habitat et des transports. Considérée comme un exemple  à suivre, la transition énergétique de Fribourg s’appuie sur trois objectifs : augmenter la part des énergies renouvelables ; atteindre l’efficience énergétique ; favoriser la sobriété énergétique.

Les énergies renouvelables au service du bouquet énergétique

Confrontée dans les années cinquante et soixante à la politique des Etats européens qui souhaitaient répondre aux besoins énergétiques de leurs populations par la construction de centrales nucléaires – usine nucléaire de Whyl située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Fribourg ; centrale nucléaire sur le site alsacien de Fessenheim, à vingt-cinq kilomètres au sud-ouest – la municipalité a progressivement mis en place une politique environnementale volontaire dès les années 1980, renforcée après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986. Une part du volet énergétique de cette politique repose notamment sur le développement des énergies renouvelables : la biomasse, l’énergie solaire, les éoliennes et l’hydroélectricité sont ainsi devenues des sources d’énergie employées par la ville.

L’utilisation de la biomasse à Fribourg fait appel à la méthanisation, qui transforme les matières organiques en gaz naturel (ou biogaz). L’usine de méthanisation construite près de la ville est ainsi alimentée en déchets organiques (36 000 tonnes par an) qui sont collectés séparément, au niveau des habitants, sous forme de déchets de cuisine et de jardin. Le biogaz ainsi produit peut être utilisé en complément d’une autre source d’énergie pour servir de substitut aux énergies fossiles et nucléaire. Outre le recyclage des déchets organiques, ce biogaz présente l’avantage de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La grande centrale à biomasse dans la Tullastrasse et la petite centrale du quartier Vauban ont produit dernièrement 7,3 millions de kWh, ce qui correspond à un taux de 0,7% des besoins en électricité de la ville.

Malgré un rayonnement solaire reçu assez faible (50% de moins qu’en Provence), l’énergie solaire est largement utilisée à Fribourg depuis les années 1990, faisant de cette cité une référence mondiale dans la mise en œuvre de cette technologie. L’énergie solaire est captée par des cellules photovoltaïques pour produire de l’électricité. Son exploitation peut également être de nature thermique et est alors destinée au chauffage des bâtiments. Depuis 2008, les toits de Fribourg supportent des installations photovoltaïques d’une capacité de 10 Mégawatts. Elles produisent 10 millions de kWh par an, soit la consommation d’environ 4000 petits foyers. Sur un milliard de kWh par an consommé par la ville, l’énergie solaire représente 3% de la consommation privée.

Le mix énergétique de Fribourg est aussi composé d’autres énergies renouvelables. Les six éoliennes installées depuis 2003 sur le mont Rosskopt ont produit en 2007 12,9 millions de kWh – soit 1,29% des besoins en énergie de Fribourg. Les  centrales hydroélectriques de la zone urbaine fournissent quant à elles environ 1,8 millions de kWh par an – soit 0,17% de la consommation totale en courant.

Cependant, malgré les efforts déployés, la part des énergies renouvelables reste encore modeste dans la ville de Fribourg – elle représente à peine plus de 5% de la consommation totale en courant. C’est en réalité sa politique d’écologie urbaine qui lui vaut son statut de ville pionnière en matière de développement durable.

L’efficience énergétique grâce à un urbanisme durable

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, la demande de nouveaux logements était très forte. Pour y répondre, deux contraintes s’imposaient : éviter l’étalement urbain et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour relever ce défi, la ville de Fribourg a créé deux quartiers qui se développent encore actuellement : Vauban (5 000 habitants) et Rieselfeld (10 000 habitants).

Construit de 1995 à 2006, sur une parcelle de 38 hectares à trois kilomètres du centre-ville, le quartier Vauban fonde son écologie urbaine sur la forte implication de ses habitants à travers la constitution de nombreux Baugruppen, des « groupes de construction » créés pour établir des relations de voisinages antérieures à la construction de l’habitat. Ils ont ainsi permis de réduire les coûts de construction par des économies d’échelle et de mettre en commun quelques équipements, tels que l’approvisionnement en énergie solaire, le chauffage ou encore les jardins, afin de réduire leurs coûts. Une attention particulière a été portée aux ponts thermiques afin d’empêcher la propagation du froid extérieur à l’intérieur des logements. Généralement, en cas de besoin, de petites installations «légères» de cogénération apportent un chauffage d’appoint à des groupes de 4 à 5 logements. Cet habitat économe permet ainsi des économies d’énergie de l’ordre de 20%. Par ailleurs, ces projets d’habitat collectif autogérés ont permis de penser leur plan d’urbanisme de manière à utiliser l’espace de façon optimale : l’espace ordinairement réservé à la voiture a ainsi été drastiquement réduit pour laisser place à de petites zones vertes entre les bâtiments pour le loisir pour des enfants ou les rencontres entre les habitants.

Commencé en 2004 sur une parcelle de 70 hectares, le quartier Rieselfeld , quant à lui, reprend de nombreux dispositifs du quartier Vauban (urbanisme d’îlots autour de cours accueillant des parcs, espaces de jeux et équipements, rues étroites et circulation à 30 km/h, ruissellement des eaux en surface afin d’alimenter un ruisseau et la nappe phréatique, etc.). Ses 4800 bâtiments logeant plus de 10 000 habitants ont été spécialement conçus afin d’avoir une consommation énergétique basse (65kWh/m²/an) et efficiente grâce à un réseau de chauffage centralisé alimenté par une centrale de cogénération (chaleur et électricité) intégrant l’énergie solaire. Le quartier Rieselfeld a su par ailleurs attirer des foyers plus modestes, qui ne pouvaient plus se loger dans un centre-ville saturé, en consacrant 50% de ses bâtiments à des logements sociaux.

Si Vauban et Rieselfeld sont aujourd’hui des modèles pour les éco-quartiers, c’est aussi parce qu’ils s’inscrivent dans la stratégie urbaine plus globale de Fribourg, notamment du point de vue des transports.

Une politique des transports qui définit un objectif de sobriété énergétique

La ville de Fribourg a très tôt mis en place une politique de mobilité douce en définissant « cinq piliers de la politique fribourgeoise des transports » : encourager les déplacements à vélo, réduire le trafic automobile et la pollution sonore, développer les transports publics, aménager des places de parking en limite des zones piétonnes, canaliser le trafic automobile. Fribourg est ainsi l’une des premières villes à avoir fermé son centre-ville aux voitures dès les années 1960. Les rues ont été laissées aux piétons et des parkings ont été aménagés autour.

Chaque mode de transport dispose d’espaces qui lui sont propres : rues piétonnes, pistes cyclables (il en existe près de 500 kilomètres à Fribourg), couloirs de circulation pour les tramways et les bus, voies pour les véhicules motorisés. Ainsi, sur l’ensemble des moyens de transport utilisés à Fribourg entre 1982 et 1999, la part des transports publics est passée de 11 % à 18 % ; la circulation à vélo de 15 à 26 %. Pendant la même période, le volume de circulation motorisée a baissé, passant de 38 % à 32 %. Malgré l’augmentation du nombre d’automobiles, le nombre de trajets journaliers en voiture est resté stable. D’une façon générale, près de 70 % des déplacements dans la ville se font à pied, à vélo ou en transport en commun.

Enfin, autre conséquence de cette politique et non des moindres : on estime à 10 000 le nombre d’emplois créés dans le domaine de l’environnement, que ce soit dans l’industrie, dans le tourisme ou bien encore dans la formation.

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