La ville durable à l’échelle européenne : panorama des projets d’urbanisme novateurs

"efficacité énergétique", Europe, Union européenne, smart grids, énergies renouvelables, habitatConcilier aspects environnementaux, sociaux et économiques, c’est le challenge que tentent de relayer les villes durables. A l’heure où l’urbanisme durable devient un enjeu majeur de l’évolution des villes, voici un petit tour d’horizon des initiatives éclairantes en la matière. Cet article est une introduction à une série de focus sur plusieurs villes durables en Europe.

Un terreau académique diversifié

L’expression de « ville durable » a été formulée par l’UNESCO dans le cadre du programme Man and Biosphere (Albert Levy et Cyria Emelianoff, Espaces et sociétés n°147), développé dans les années 1970. La conception de la ville durable s’inspire notamment des travaux d’Abel Wolman sur le métabolisme urbain (« The Metabolism of Cities », Scientific American, Vol 3, 1965). D’autres travaux en écologie politique urbaine ont aussi contribué à forger la notion de ville durable. Murray Bookchin soulignait la capacité des petites entités urbaines, les « communautés durables », à développer un écosystème circulaire et autonome (« Libertarian Municipalism : An Overview », A Social Ecology Publication, Oct 1991). Avant lui, Patrick Geddes avait esquissé le portrait d’une ville durable qui effectuerait une gestion économe des ressources naturelles et énergétiques (Cities in Evolution. An Introduction to the Town Planning Movement and the Study of the Civics, 1915, London Wiliams & Northgate). L’ensemble de ces approches en urbanisme durable a fortement influencé les discours actuels sur la ville durable en tant qu’écosystème qui concilie intelligemment qualité de vie, enjeux socio-économiques et défis environnementaux.

Villes durables européennes : des objectifs communs, modèles singuliers

Le Sommet de la Terre à Rio en 1992, qui a vu l’établissement de l’Agenda 21, a impulsé la mise en place de politiques en faveur de la ville durable. Dans cette optique, l’Agenda indique les moyens à mettre en œuvre au niveau des collectivités locales (chapitre 28). Suite à une proposition de l’International Council for Local and Environnemental Initiatives (ICLEI), plusieurs villes mettent en place des Agendas 21 locaux. Les villes européennes signataires de la Charte d’Aalborg (17 mai 1994) ont reconnu l’importance d’inscrire le principe « d’environnement durable » dans leurs priorités de développement et de constituer un réseau de villes durables à l’échelle Européenne. Des stratégies pour favoriser le développement d’un environnement urbain durable ont élaborées et approuvées par les 27 Etats membres signataires de la Charte de Leipzig (24 mai 2007). Une mise en œuvre opérationnelle de cette charte est proposée par la Commission Européenne au travers du Cadre de référence européen pour la ville durable (Reference Framework for European Sustainable Cities). Si des cadres de référence et des objectifs communs ont été établis, il n’est pas question d’un modèle global applicable de façon systématique. Chaque ville doit mettre en place des dispositifs adaptés aux spécificités (historiques, politiques, sociales et économiques notamment). Comme le précisent Nicole Mathieu et Yves Guermond, le souci des Agendas 21 locaux est de concilier normes définies au niveau global et spécificités des priorités locales.

Des villes durables aux smart cities : le rôle clé d’un système énergétique intelligent

En 2009 l’Union Européenne définit l’objectif « 3 x 20 » du « paquet énergie-climat » visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 %, accroître l’efficacité énergétique de  20 % et l’utilisation d’énergies renouvelables de 20% d’ici à 2020. Ces ambitions sont précisées dans la feuille de route Energy 2020 dans laquelle l’Union Européenne désigne les municipalités comme un acteur majeur pour la réalisation de ces objectifs, via la mise en place de « smart cities ». Dernièrement, la Commission Européenne a publié une Initiative Européenne en faveur des villes intelligentes (European Initiative on Smart Cities) qui place les systèmes énergétiques au cœur des problématiques de la ville durable. Comme l’affirme Anne-Marie Sacquet, directrice générale du Comité 21, les villes peuvent faire d’un « approvisionnement en énergie qui soit intelligent » un argument d’attractivité (économique et sociale). Le dossier de l’Université de Lausanne sur les quartiers durables a mis en relief la nécessité de prendre en compte la gestion de l’énergie dans la ville comme une problématique globale, en développant « des stratégies intégrées, prenant en compte les questions de mobilité, de construction, de formes urbaines et d’approvisionnement énergétique ». C’est avec ce souci d’approcher les villes par une vision d’ensemble qu’est apparu le concept de « ville intelligente » (ou smart city). La ville intelligente permet de repenser en profondeur l’utilisation des différentes infrastructures urbaines (bâtiments, installations, véhicules) afin de les équiper de systèmes énergétiquement efficaces et de technologies appropriées à leur pilotage (au travers notamment des smart grids).

Pour aller plus loin :

  • Le rapport d’information sur les villes du futur du Sénat, par Jean-Pierre Sueur (2010-2011)
  • Le rapport Energie et Innovation urbaine du Conseil Mondial de l’Energie 2010
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