La Russie, un pays aux enjeux énergétiques forts

hydrocarbures, Nucléaire, KPMG, efficacité énergétique, transition énergétique, Russie, énergies renouvelablesLa Russie dispose de ressources naturelles qui font d’elle une économie rentière. Si elle bénéficie ainsi de sa totale indépendance énergétique et d’importants moyens de financement, elle est toutefois confrontée aux problèmes inhérents aux situations d’abondance. Afin de ne plus être autant exposée à la forte volatilité du prix des matières premières, aux gaspillages des consommateurs, et à la perte de compétitivité de son industrie liée à la valorisation du taux de change, la Russie doit effectuer des ajustements dans sa stratégie énergétique. Quelles sont donc les solutions disponibles pour permettre aux Russes de composer avec cette manne pétrolière et gazière tout en s’inscrivant dans la perspective d’un développement durable ?

Une stratégie initiée sous le régime Soviétique

Les investissements en recherche et développement et dans la politique industrielle doivent venir assurer la continuité de cette indépendance énergétique. En effet, les réserves connues aujourd’hui procurent à la Russie une capacité d’exploitation des hydrocarbures sur plusieurs dizaines d’années selon le rapport BP Statistical Review World Energy 2012. Toutefois, la transition énergétique est une stratégie qui s’inscrit dans une perspective de long terme, nécessitant une mobilisation massive de capitaux et de moyens humains. Le rapport Russie : puissance ou interdépendance énergétique réalisé au nom de la commission des affaires économiques du Sénat en 2009 rappelle ainsi que « l’Union soviétique faisait figure de pionnière pour le développement de l’éolien » et que le consortium d’Etat « Rosatom-Atomenergoprom maîtrise l’ensemble des segments industriels de la filière nucléaire ».  Pourtant les chiffres de la R&D (1,3% du PIB) rendus publics par la banque mondiale la même année indiquent que malgré la volonté des dirigeants de faire entrer la Russie dans « l’économie de la connaissance » le pays se situe en dessous de la moyenne des membres de l’OCDE (2,4%).

Cette volonté de continuer à se positionner sur le secteur des énergies renouvelables est d’ailleurs perceptible dans l’étude KPMG sur la compétitivité énergétique des pays qui évoque « des efforts en matière de renouvelables ». Néanmoins ce travail souligne également la « mauvaise performance en matière d’environnement » du fait de la forte pollution liée aux émissions de CO2. Finalement le cabinet pointe les avantages compétitifs du pays et lui accorde une « influence croissante sur la scène internationale ». Il est vrai que la tendance des chiffres de la banque mondiale atteste d’une progression des dépenses en R&D sur la période 1992-2009. Reste à savoir si cette stratégie va être poursuivie dans les années à venir.

L’efficacité énergétique : une nouvelle accroche pour les relations franco-russes

En dehors des énergies renouvelables, d’autres leviers peuvent être mobilisés pour réduire l’intensité en carbone de l’économie. C’est notamment ce qu’indique l’OCDE dans l’une de ses études consacrée à la Russie de 2011 : « Les possibilités d’investissements rentables dans l’efficacité énergétique sont néanmoins énormes en Russie et, de fait, des efforts considérables sont déjà en cours dans ce domaine, encore que certains éléments portent à croire que ce processus n’est pas aussi rapide qu’il devrait l’être en raison de diverses contraintes et défaillances du marché ». Le thème de l’efficacité énergétique entre donc en résonnance avec les préoccupations des dirigeants des entreprises russes sans pour autant parvenir aux résultats escomptés en termes de réduction des consommations. Le document de l’organisation affirme que « des objectifs ambitieux de gains d’efficacité énergétique ont certes été fixés, mais, jusqu’à présent, les mesures adoptées ne semblent pas suffisantes pour les atteindre ».

On note par ailleurs que la collaboration franco-russe est très active sur le sujet comme en témoigne la création du Centre franco-russe pour l’efficacité énergétique le 20 décembre 2012 lors du XVème séminaire intergouvernemental. La collaboration s’amorce d’ailleurs par des projets concrets selon Thierry Méraud (direction de l’Action internationale de l’ADEME) : « des projets d’investissements ont aussi été identifiés – Grand Moscou notamment – devant faire l’objet de prochains appels d’offres, sur lesquels le CFREE (centre franco-russe d’efficacité énergétique) visera clairement à positionner les entreprises françaises ». De plus, l’expertise française et les compétences russes s’avèrent complémentaires, comme le souligne l’ADEME : « Nous encourageons divers types de coopérations, notamment dans les domaines techniques et scientifiques ».

En somme, malgré ces orientations stratégiques (ENR et efficacité énergétique), l’importance des réserves d’hydrocarbures fait de la Russie un producteur et un exportateur durable de gaz et de pétrole. Pour autant plusieurs raisons peuvent justifier la diversification de l’offre énergétique. D’abord, l’intensité énergétique de l’économie russe offre dès à présent d’importants gisements d’économie d’énergie ; ensuite la question climatique conduit naturellement à développer des sources moins polluantes.

En savoir plus :

  • British Petroleum, Statistical Review World Energy 2012
  • Sénat, Russie : puissance ou interdépendance énergétique ? (2009)
  • Les Echos, Russie | dépenses en recherche et développement
  • KPMG La compétitivité énergétique des pays (2012)
  • OCDE, Études économiquesde l’OCDE – FÉDÉRATION DE RUSSIE (2011)
  • ADEME, Le partenariat franco-russe passe à l’action(2012)
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