Quel bouquet énergétique pour le Japon ?

Alors que l’on commémore le drame de Fukushima, la question énergétique est au centre des débats à Tokyo : la production nucléaire et sa place dans le mix énergétique reste l’objet de vives controverses. Si l’opinion publique est encore largement sensible aux risques inhérents à l’exploitation des centrales, la hausse de 18% de la facture énergétique des ménages, et le creusement du déficit commercial lié aux importations d’énergie pèsent sur le volontarisme politique à sortir de l’atome.

Un changement politique en guise de changement de stratégie ?

Avant l’élection de cet hiver le gouvernement démocrate (PDJ) déclarait vouloir organiser une sortie du nucléaire à l’horizon 2040. Malgré cette ambition affichée au mois de septembre, de nombreux doutes ont continué de planer sur l’équilibre énergétique  de  l’Archipel, comme en atteste la déclaration du ministre de l’économie d’alors (Yukio Edano) reprise par le journal Le Monde : « Nous ne reviendrons jamais sur les autorisations accordées pour la construction de nouveaux réacteurs ». De plus, le ministère de l’industrie avait publié une étude dans le courant de l’été, dressant plusieurs scénarios pour répondre à la demande énergétique. Comme l’indique le graphique ci-dessous d’autres hypothèses étaient alors examinées, et l’alternance politique du mois de décembre conduisant M. Shinzo Abe (PLD) au poste de Premier Ministre a rendu encore plus improbable la fin du nucléaire sur l’île.

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Ainsi le nouveau ministre de l’industrie M.Toshimitsu Motegi (PLD), prépare un plan énergétique pour la fin de l’année selon les informations de l’Usine Nouvelle. Pour mieux comprendre la situation du pays on peut noter l’analyse consacrée au Japon  par l’étude KPMG Compétitivité énergétique des Etats Novembre 2012 ; elle évoque notamment « un équilibre malgré des handicaps structurants ». L’offre énergétique est loin d’être à la hauteur de la troisième puissance économique, en effet selon cette étude le Japon occupe le 119ème rang mondial pour la qualité de son mix-énergétique. Cette position se comprend au regard de la part du pétrole dans le mix énergétique et de la proportion d’énergies renouvelables dans la génération électrique nationale. Toutefois la publication juge assez positivement la performance des politiques publiques de l’Etat en matière énergétique. Cela s’explique largement par les dispositions permettant l’accès au réseau électrique, le nombre de coupures enregistrées et par le climat général des affaires. Du fait de tous ces critères, le Japon arrive à la 25ème place du classement général sur les 146 pays évalués.

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Quelles autres pistes pour le Japon ?

Cependant les efforts ne portent pas exclusivement sur la qualité du réseau et des infrastructures, comme en atteste  l’article de 20Minutes : Japon: Vers une révolution de l’énergie renouvelable après Fukushima. D’après le quotidien, le précédent gouvernement avait voté une loi sur les énergies renouvelables qui « oblige les compagnies d’électricité nippones à acheter le courant produit par les panneaux solaires, les éoliennes et la biomasse à un tarif plus élevé que celui du marché ». Le responsable de l’industrie souhaite que ce texte voté en juillet serve d’accélérateur au développement des énergies renouvelables, d’après les chiffres de l’Agence Internationale de l’énergie leur part était limitée à 3,6% en 2008. A en croire le cabinet White & Case LLP «l’industrie japonaise de l’énergie éolienne va voir un boom des installations similaire à la hausse des capacités d’énergie solaire du pays depuis l’an dernier » ; Bloomberg nous révèle que les observateurs du secteur considèrent que ce nouveau dispositif pourrait permettre d’infléchir la dépendance japonaise aux hydrocarbures.

Cela étant, de récentes découvertes relayées par La Tribune jettent le doute sur l’ambition nippone de décarboner le mix énergétique. Le ministre Toshimitsu Motegi se félicitait des progrès obtenus par le programme de recherche de la Japan Oil, Gas & Metals National Corp (Jogmec), visant à exploiter les réserves des fonds sous-marins de gaz d’hydrate aussi appelé « glace qui brûle ». Enfin si le spécialiste de la politique énergétique nippone, Paul J. Scalise, affirme  dans Challenges que « la catastrophe du 11 mars 2011 l’a forcé à une pause, voire à un arrêt, de sa marche vers le tout-atomique » il rappelle surtout « qu’entre un risque de guerre dans le détroit d’Ormuz, qui priverait le Japon de pétrole, et un risque de tsunami, le premier est ressenti comme le plus immédiat pour le peuple japonais ». Autant de raisons économiques, technologiques, et psychologiques qui invitent à rester prudent quant à l’évolution du mix énergétique. Au pays du Soleil Levant, l’explosion des énergies renouvelable aura-t-elle lieu ?

En savoir plus:

  • Le Monde, L’arrêt du nucléaire au Japon suscite l’inquiétude
  • Usine Nouvelle, Vers un Japon renucléarisé
  • étude KPMG, Compétitivité énergétique des Etats
  • 20Minutes, Japon: Vers une révolution de l’énergie renouvelable après Fukushima
  • Bloomberg, Japan’s Wind Industry Headed for Boom After Solar Surge
  • La Tribune, Le Japon a-t-il trouvé la ressource miracle pour son approvisionnement énergétique?
  • Challenges, Le Japon paiera cher sa sortie du nucléaire
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