Quel avenir pour les Nudges en matière d’efficacité énergétique ?

Le 8 janvier 2013 Eurostat, l’organisme de statistique de la Commission Européenne a publié un rapport sur l’énergie, les transports et l’environnement. Les données collectées révèlent qu’entre 2008 et 2010 la consommation électrique des ménages a augmenté de 5%, faisant de ce secteur le deuxième consommateur d’énergie en Europe (juste derrière les transports). Pour limiter cette hausse, politique et scientifique réfléchissent aux moyens de faire évoluer les comportements des particuliers. Un nombre croissant d’experts se penche sur des stratégies de modification des habitudes individuelles en matière d’environnement. Le nudge, ou « coup de pouce », est l’une d’entre elles.

Qu’est-ce qu’un nudge ?

Le terme Nudge a été popularisé par les universitaires américains Richard Thaler et Cass Sunstein dans leur ouvrage, Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness (2009). Ils décrivent les nudges comme des outils non contraignants, persuasifs mais non intrusifs, pour influencer les choix individuels complexes. Cette méthode, issue des sciences comportementales, vise à guider les conduites via une politique qui n’est ni interventionniste, ni dérégulatrice (Marmion,  2010) vers un bénéfice collectif.

De l’homo œconomicus à l’homo ecologicus1

Les partisans du nudge partent du postulat que l’homo œconomicus, l’individu économiquement rationnel au sens des économistes néo-classiques, n’existe pas dans les comportements réels. Pour reprendre la pensée de l’économiste américain Herbert Simon, les individus ont une rationalité limitée (bounded rationality). Leurs choix  sont déterminés par l’information à laquelle ils ont accès d’une part, et par une dimension intuitive d’autre part (Simon, 1983). Par ailleurs, comme le précise une note du Centre d’analyse stratégique français : « les postures écologiques ne se traduisent pas nécessairement en comportements appropriés ».

En effet, si la plupart des Français ont conscience de leur impact sur l’environnement (97% d’après une enquête du CREDOC de janvier 2012), ils sont beaucoup moins nombreux à changer leur comportement quotidien. Il existe donc un écart entre le savoir et le pouvoir, entre les opinions et les pratiques effectives. Dans ce contexte, les nudges peuvent permettre d’influer sur la prise de décision pour faciliter l’adoption d’un comportement vertueux.

La mise en place de nudges en faveur de l’efficacité énergétique

Les nudges en matière d’énergie s’appuient sur différents types de stratégies. En premier lieu, ils peuvent être le moyen de faire d’un comportement vertueux le comportement par défaut. Grâce à l’initiative PrintGreen, qui impose l’impression recto-verso, l’Université de Rutgers aux Etats-Unis a par exemple pu économiser plus de 7 millions de feuilles de papier en un semestre, l’équivalent de 620 arbres.

Il peut également s’agir d’informer sur des gestes écologiques accessibles et concrets à mettre en œuvre. Au Royaume-Uni, la Behavioural Insights Team (BIT ou nudge-unit) mise en place par David Cameron, a établi un certificat de performance énergétique simplifié et didactique1. Ce dernier présente l’économie d’énergie comme un choix non contraignant et permet au consommateur d’évaluer et d’influer sur sa performance énergétique.

nudge, efficacité énergétique

Enfin, les nudges peuvent s’appuyer sur la comparaison entre pairs pour faire en sorte que le comportement vertueux devienne la norme sociale. En effet, ce que l’individu perçoit comme étant le comportement socialement approuvé par le groupe auquel il appartient va influencer ses propres décisions1. Concrètement il s’agit d’informer le consommateur sur les pratiques énergétiques de ses pairs. Aux Etats-Unis l’entreprise OPower a fait figurer sur la facture de ses clients des données comparatives sur la consommation des foyers voisins. Les ménages  avec une consommation énergétique élevée ont diminué leur consommation. A contrario, les foyers peu dépensiers ont tiré de cette comparaison une certaine légitimité à consommer plus et ont, de fait, augmenté leur consommation d’énergie. Cet effet rebond a pu être corrigé par l’utilisation d’icônes indiquant l’approbation sociale (comme le montre l’illustration ci-dessous). Au final, l’utilisation de ce nudge a permis de diminuer la consommation énergétique de 2, 2% en moyenne1.

nudge, efficacité énergétique

Combiner innovation techniques et incitations comportementales

Bien que probants sur certaines actions ciblées, les nudges ne prétendent pas constituer une solution miracle aux défis environnementaux. Des chercheurs de l’Université de Californie soulignent que l’efficacité des nudges est tributaire des traits personnels et du système de valeurs des individus. Elizabeth Shove (University de Lancaster) s’interroge pour sa part sur la pertinence d’une politique qui se concentrerait sur les comportements individuels au détriment des transformations technologiques et culturelles de fond. Les nudges n’en demeurent pas moins des instruments pertinents lorsqu’ils sont mobilisés en complément de mesures de fond ou en parallèle d’innovations techniques.

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