L’Allemagne mise sur un partenariat public privé pour financer sa transition énergétique

En 2010, l’Allemagne affichait un très bon bilan économique avec une croissance annuelle de 3,5%. Mais la première puissance économique européenne présentait parallèlement un bilan carbone relativement défavorable, avec près de 937 millions de tonnes de gaz à effet de serre émises, ce qui en fait le sixième plus gros émetteur de CO2 de la planète. Afin de mener à bien sa transition énergétique, l’Allemagne s’est fixé des objectifs ambitieux. À travers son « concept énergétique » (Energiekonzept), voté par le Bundestag en 2010, et son projet de retrait de l’énergie nucléaire d’ici 2022 (Energiewende) décidé en 2011 après la catastrophe de Fukushima, Berlin veut réduire de 40% en 2020 et de 80 à 95% en 2050 ses émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990.

Un mix énergétique principalement basé sur les énergies fossiles

En 2011, 55% de l’électricité produite était issue des énergies fossiles, 25% du nucléaire et 17% des énergies renouvelables. Le « concept énergétique », dont les objectifs ont été renforcés avec la décision de sortir du nucléaire, prévoit que 35% de l’électricité produite soit issue de sources renouvelables en 2020, 50% en 2030 et jusqu’à 80% en 2050. Cette ambition s’appuie sur deux volets : énergies renouvelables et efficacité énergétique.

Or les finances publiques ne peuvent à elles seules assumer les investissements nécessaires. En 2010, 37 milliards d’euros, soit 1,5% du PIB allemand, ont été investis dans les différentes filières de la transition énergétique, dont « seulement » 1,1 milliards d’euros proviennent de fonds publics (Etat fédéral et Länder).

Le secteur privé joue un rôle essentiel dans la transition énergétique allemande

Parmi ces 37 milliards d’euros, 22 sont issus d’investissements d’entreprises et 14 d’investisseurs privés ou de particuliers. Près de  95% de l’investissement est donc issu du privé, soutenu en partie par des prêts des banques d’investissements fédérales ou régionales.

Le système de financement, illustré par le diagramme ci-dessous, est assuré par une série d’intermédiaires. La KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau), la banque publique d’investissement qui finance la plupart des projets d’efficacité énergétique ou d’énergie renouvelable en est le principal moteur. En 2010, la KfW a financé 40% du total des installations de panneaux solaires et 70% des investissements dans l’éolien.

Origine de l’investissement des fonds allemands dans la transition énergétique (2010, en milliards d’euros) :

Les foyers participent aux investissements dans les ENR et l’efficacité énergétique à hauteur de 14 milliards d’euros. 9,9 milliards d’euros ont par exemple été investis dans l’installation de systèmes de production d’électricité renouvelable à domicile (panneaux solaires, géothermie) et 4,1 milliards d’euros dans les technologies d’efficacité énergétique (domotique, isolation thermique, voiture hybride ou électrique).

Un partenariat public privé au bilan très positif sur 20 ans

Le secteur privé joue donc un rôle déterminant, à travers notamment les prêts accordés par la KfW qui font du gouvernement un intermédiaire surveillant, à distance, ses objectifs. La majorité de ces fonds – 15,6 milliards d’euros – est consacrée à la construction et à la rénovation du parc immobilier. Les 2/3e des investissements annuels, c’est-à-dire 10 milliards d’euros, financent le développement des énergies renouvelables et le tiers restant, soit environ 5,5 milliards d’euros, finance des mesures d’efficacité énergétique.

Ce modèle économique semble faire ses preuves. Sur la période 1991-2010, selon l’indicateur d’efficacité énergétique Odyssee, indice développé par ADEME et soutenu par la Commission européenne, l’efficacité énergétique en Allemagne a progressé en moyenne de 1,2% par an. La progression la plus spectaculaire concerne les foyers des particuliers où l’on observe une baisse de l’indice ODEX de 23% sur la période 1991/2010, notamment due à une modernisation du système électrique et de chauffage, et au développement de moyens de production domestiques.

En savoir plus:

Bookmark and Share

About admin