Les questions énergétiques et environnementales dans la campagne présidentielle américaine de 2012

efficacité énergétique, industrie, gaz de schiste, ENR, indépendance énergétique, emploi, investissement, changement climatique Lors d’une interview pour MTV le 26 octobre, B. Obama s’est dit « surpris » que le thème du changement climatique n’ait pas été évoqué une seule fois pendant les trois débats télévisés l’opposant à Mitt Romney. Et pour cause, ce fut une première depuis 1988. Plus largement, quels ont été les débats autour des enjeux énergétiques et environnementaux durant la campagne écoulée ?

B. Obama le reconnaît volontiers durant l’interview : « nous n’avançons pas aussi vite que nous le devrions. C’est un problème que les générations futures vont devoir affronter, encore plus que la génération précédente. » Pourtant, lors de la convention démocrate de Denver en 2008 où il fut intronisé candidat du parti démocrate, il déclarait que son élection marquerait le moment où « l’élévation du niveau des océans ralentira et la planète commencera à guérir ses blessures ». Mais la crise économique, la crise de la dette et la destruction de 5 millions d’emplois, en premier lieu dans l’industrie automobile, firent que les engagements du président américain en termes d’énergies renouvelables furent repoussés, voire ajournés au cours du mandat écoulé.

M. Romney fit également plusieurs volte-face. En tant que gouverneur du Massachussetts, de 2003 à 2007, il se fit pourfendeur des centrales thermiques, affirmant : « je ne créerai pas et je ne conserverai pas des emplois qui tuent des gens, et cette usine tue des gens ! », à propos d’une centrale fonctionnant au charbon. Pourtant, en 2012, le candidat M. Romney fut un fervent défenseur de cette source, qualifiant le charbon d’énergie « d’avenir » à valoriser, puisque « nous en avons assez pour deux cent cinquante ans ». Le charbon représente toujours 40% de la production électrique américaine et demeure une ressource stratégique.

L’avenir du financement fédéral des ENR, casus belli pour les deux candidats

L’énergie solaire fut la principale pierre d’achoppement entre les deux candidats. B. Obama a créé un financement de l’Etat fédéral pour soutenir la production d’origine photovoltaïque et éolienne (production tax credit : PTC), visant à aider la filière, notamment le développement des start-ups du secteur. Ce crédit d’impôt doit s’arrêter au 1er janvier 2013 et son avenir fut grandement discuté par les deux candidats, B. Obama défendant tout le long de la campagne son prolongement pour 20 ans. Pour M. Romney au contraire, cette initiative est un « gaspillage », voire un non-sens économique. Il se place ainsi dans la ligne traditionnelle du « Grand Old Party », prônant une philosophie anti «big government » et limitant le budget fédéral aux grands sujets régaliens.

Sous l’administration Obama, l’Etat fédéral américain a financé pour 10 milliards de dollars des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Pour M. Romney, ces mesures finançaient à la fois les « winners & losers » du secteur, alors que selon lui l’émulation entre « bons » et « mauvais » investissements devrait être à la charge d’une concurrence « libre et non faussée ». Le candidat républicain a notamment mis en avant l’exemple de Solyndra. Ce fabriquant de panneaux solaires, axé sur une technologie inédite et financé massivement par le PTC, n’a pas résisté à la concurrence chinoise et à la chute des prix des panneaux traditionnels.

La riposte de B. Obama sur ce point précis mettait en avant des succès industriels dus au PTC, tels que la société Brightsource, qui construit la plus grande ferme solaire du monde dans le désert de Mojave en Californie. Le candidat sortant a également affirmé que la part de l’éolien dans le mix énergétique américain aurait doublé depuis son arrivée à la Maison Blanche, avec 5% de la production énergétique globale (7% pour l’Allemagne, en pointe dans ce domaine avec 16% d’électricité d’origine renouvelable).

Un relatif consensus autour des énergies fossiles

L’exploitation du gaz de schiste, ainsi que la méthode d’extraction dite de fracturation hydraulique, ont été promues par les deux candidats. Elles permettraient l’accès à un gaz trois à quatre fois moins cher qu’en Europe et conféreraient un avantage compétitif aux industriels américains tout en créant de l’emploi dans le secteur minier. Parallèlement, le thème de l’indépendance énergétique, à l’heure de la flambée des prix des hydrocarbures, a semblé un sujet électoralement payant.

B. Obama, bien qu’ayant déposé un moratoire sur l’exploitation du pétrole en haute mer après la marée noire dans le golfe du Mexique en 2010, a favorisé son extraction sur terre (moratoire levé par ailleurs 6 mois plus tard). À tel point que les Etats-Unis, qui importaient 60% de leur pétrole en 2005 n’en importent plus que 42% en 2012. M. Romney fit d’ailleurs miroiter l’indépendance énergétique complète du pays d’ici 2020, à travers une alliance du Canada et du Mexique, à condition de mieux exploiter les pétroles non-conventionnels et de construire plusieurs pipelines entre la Californie et la côte Ouest du Nord canadien, afin de transporter des hydrocarbures encore inexploités. B. Obama s’est montré sceptique sur la question, prônant dans son programme la suppression de plusieurs niches fiscales pour les compagnies pétrolières afin de favoriser les énergies nouvelles. Certains lobbies du pétrole ont cependant affirmé qu’il signerait le prolongement de l’oléoduc Keystone, qui relierait le Grand Nord canadien au Texas.

Au global, le seul point d’achoppement entre les deux candidats a donc été la question du soutien financier à la filière des ENR. Avec la réélection du candidat sortant, les acteurs du secteur espèrent une aide, non pas de l’ampleur du sauvetage de l’industrie automobile de 2008-2009, mais à tout le moins le prolongement, voire l’extension du PTC. Le développement et la pérennité de cette activité semblent pour l’instant dépendre d’un fort soutien gouvernemental, tant la concurrence internationale y est rude. 

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