L’efficacité énergétique au cœur des scénarios énergétiques pour la France en 2050

conférence environnementale, efficacité énergétique, harmonisation internationale, rechercheCommandé à l’automne dernier, le Rapport « Energie 2050 », dirigé par l’universitaire Jacques Percebois, analyse une quarantaine de scénarios énergétiques pour la France. Production d’énergie, limitation ou réduction des consommations, efforts en matière d’efficacité énergétique… voici les principales conclusions de ce travail prospectif, qui propose notamment certaines pistes de réponse aux interrogations soulevées par le dernier bilan énergétique français.

Un contexte législatif européen favorable à l’efficacité énergétique

Avant d’avancer ses réflexions, le rapport Percebois rappelle les principales mesures législatives actuellement en vigueur en Europe, en matière énergétique. Il souligne notamment l’électrochoc provoqué par le paquet Énergie-Climat, adopté par l’Union Européenne lors de la présidence française de 2008. Constitué de divers textes législatifs, ce « paquet » promet de lutter contre le changement climatique en réduisant de 20% les émissions de gaz à effet de serre (GES), d’amener la part de production d’énergies renouvelables à 20% et d’améliorer de 20% l’efficacité énergétique en Europe d’ici à 2020. En France, le rapport indique s’inscrire dans la lignée du Grenelle de l’environnement, avec pour objectif une diversification du mix énergétique et un renforcement de l’efficacité énergétique.

Le nucléaire, pierre angulaire des scénarios énergétiques pour la France… avec l’efficacité énergétique

Si elle traite en majeure partie de l’énergie nucléaire et des différentes stratégies d’usage de l’énergie nucléaire en France  (notamment par comparaison avec les situations allemande et britannique), cette étude évoque parallèlement la question de l’efficacité énergétique. En soulignant notamment que la facture énergétique française se monte à 46,2 milliards d’euros en 2010, soit presque 90% du déficit de la balance commerciale du pays, le rapport fait de la « sobriété énergétique » sa recommandation n°1 : « Faire de la sobriété et de l’efficacité énergétique une grande cause nationale ; lancer des appels à proposition afin de mobiliser la R&D et l’innovation dans ce domaine en privilégiant les secteurs du bâtiment et des transports. »

Cette recommandation fait suite au constat de la nature de consommations d’énergies, absorbées à 42% par le résidentiel-tertiaire, avec des besoins thermiques lourds (62%) et des besoins spécifiques croissants (22% de la consommation totale des bâtiments est due à l’éclairage et aux appareils électroménagers : soit des usages qui ne peuvent utiliser une autre source que l’électricité). La législation actuelle en la matière, bien que volontariste, est jugée insuffisante par certains : la norme RT2012 qui exige une consommation moyenne maximum de 50kWh/m2/an ne s’applique qu’au bâti neuf. La première réglementation thermique date de 1975 et exigeait une consommation moyenne maximum de 200kWh/m2/an. Or nous vivons et travaillons dans des constructions qui, en majorité, ne respectent pas ces deux normes. Le rapport estime qu’un tiers du parc a été construit avant 1948 et un second tiers entre 1948 et 1975, d’où la priorité accordée à la rénovation thermique des bâtiments et à la modernisation du matériel électrique (notamment les progrès apportés par la domotique, qui permet de mesurer précisément la consommation d’énergie d’un bâtiment et de la gérer le plus efficacement possible).

Faire de l’efficacité énergétique une problématique sociétale

Les objectifs de réduction des consommations,  avancés notamment par les 27 mesures du  Ministère de l’écologie et du développement durable au cours de l’année 2011,  ont été réaffirmés par la récente conférence environnementale. Mais cette direction fixée par le gouvernement ne semble pas tenable sans adaptation profonde des comportements des consommateurs. Pour la majorité des Français, économiser l’énergie consiste à économiser de l’argent, avant d’éviter un gaspillage énergétique. Or les investissements nécessaires à l’efficacité énergétique pèseront autant sur les particuliers que sur la collectivité. Cet effort doit, selon le Rapport Percebois, être accompagné par des subventions gouvernementales sans faille, l’Etat devant faire de la sobriété énergétique une grande cause sociétale.

Les 8 recommandations du rapport

Recommandation n° 1 : « Faire de la sobriété et de l’efficacité énergétique une grande cause nationale ; lancer des appels à proposition afin de mobiliser la R&D et l’innovation dans ce domaine en privilégiant les secteurs du bâtiment et des transports. »

Recommandation n° 2 : « Pour chaque décision de politique énergétique, évaluer le coût et l’effet sur les finances publiques, sur la balance commerciale, sur les émissions de CO2 et sur l’emploi (à la fois en postes et en qualifications créés), par comparaison avec une décision différente, afin de dégager des priorités. »

Recommandation n° 3 : « S’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité de sûreté. »

Recommandation n° 4 : « S’engager courageusement dans une politique de vérité (c’est-à-dire de hausse) des prix de l’énergie et des émissions de CO2, en traitant de façon spécifique et différente le cas de la précarité et celui des industries grosses consommatrices. »

Recommandation n° 5 : « Prendre l’initiative de proposer à nos principaux partenaires européens un réexamen en profondeur des règles du marché intérieur de l’énergie : celui-ci doit permettre le financement des investissements nécessaires, en particulier ceux permettant d’assurer la pointe, et assurer la cohérence des décisions des acteurs. »

Recommandation n°6 : « Envisager une initiative dans le domaine de l’harmonisation internationale des règles et des pratiques de sûreté nucléaire afin de faire converger ces règles et pratiques vers le niveau le plus élevé. »

Recommandation n° 7 : « Maintenir, voire accroître l’effort de recherche publique dans le domaine de l’énergie, en coopération internationale et en accordant une priorité absolue aux programmes mis en œuvre conjointement par des laboratoires publics et des entreprises innovantes, grandes ou petites, capables de s’attaquer au marché mondial. Les renouvelables et le stockage de l’énergie devront recevoir une attention toute particulière. »

Recommandation n° 8 : « Ne pas se fixer aujourd’hui d’objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais s’abstenir de compromettre l’avenir et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement de la génération 4. La prolongation de la durée de vie du parc actuel nous paraît donc la solution de moindre regret (sous la condition absolue que cela soit autorisé par l’ASN). »

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