Développer l’efficacité énergétique au Royaume-Uni : les conclusions du rapport McKinsey 2012

isolation thermique , McKinsey , efficacité énergétique , contrôle automatique de lumière , éclairage public intelligent , rénovation , bâti ,En 2007, le gouvernement britannique a lancé un programme énergétique ambitieux autour du Livre Blanc « Meeting the energy challenge », avec notamment pour objectif de réduire les émissions de CO2 en 2050 de 60% par rapport à celles de 1990.  Afin d’atteindre ce but, qui figure également dans la politique du « Green deal » (adoptée dans l’Energy Act 2011), le Department of Energy and Climate Change a commandé au cabinet McKinsey une étude sur le potentiel d’efficacité énergétique au Royaume-Uni. Ce rapport publié en juillet dernier  vise principalement à évaluer  les marges de manœuvre en matière de consommation énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Voici ses principaux enseignements.

Identifier les secteurs les plus gourmands en énergie en 2030

En tablant sur une hausse de la consommation d’électricité de 15% par rapport à 2010 (soit 400 TWh), le cabinet a identifié trois secteurs où le potentiel d’efficacité énergétique est le plus important : le bâti résidentiel, les services et l’industrie. Ces trois secteurs représenteraient à eux seuls un potentiel d’économie d’énergie de 127 TWh, soit 80% du potentiel total.

S’ils sont réalistes, ces objectifs nécessiteront cependant une politique plus volontariste que les dispositifs actuels. Le rapport affirme par exemples que les programmes énergétiques actuels ne pourraient faire économiser que 4% du potentiel dans le secteur industriel et 13% dans le tertiaire. McKinsey est néanmoins plus confiant sur les économies dans le secteur résidentiel qui pourrait réaliser 76% d’économies d’énergie en 2030, par rapport à la consommation de 1990, grâce au cadre législatif du Green Deal. Les principales sources d’efficacité seraient à trouver dans l’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments ainsi que d’un meilleur contrôle de la production lumineuse (commerces,  éclairages publics et lampes fluorescentes compactes –LFC-). Le remplacement systématique des lampes à incandescence par des LFC représenterait par exemple 26 TWh d’économie d’énergie en 2030.

La modernisation du bâti public et privé est une autre piste à suivre. Il s’agirait de réduire la consommation énergétique d’un nouveau bâtiment par un design conçu spécifiquement pour optimiser la circulation de la chaleur – orienter par exemple les bâtiments de façon à capter au mieux la chaleur solaire. Il s’agit de même d’optimiser le chauffage, la ventilation et la climatisation (CVC). L’ensemble de ces mesures ferait économiser 22,5 TWh en 2030. Actuellement, le rapport indique que le quart des émissions en gaz à effet de serre du pays vient du chauffage privé.

De nouvelles pistes à exploiter

L’une des principales pistes d’action identifiée est l’installation généralisée, pour les bâtiments publics et de service, de système de contrôle automatique de la lumière (notamment par des capteurs de mouvements). McKinsey recommande également de systématiser « l’éclairage public intelligent », à savoir réduire, voire supprimer, l’éclairage public pendant une partie de la nuit. Ces seules mesures pourraient permettre une économie de 15,6 TWh, c’est-à-dire plus que la modernisation de l’isolation thermique de l’intégralité du parc résidentiel britannique (14,7 TWh). Ce geste constitue par ailleurs un investissement initial évidemment moins coûteux que la rénovation du bâti.

Les pompes industrielles sont une autre piste d’économie énergétique à grande échelle actuellement peu prise en compte par les politiques publiques. Selon le rapport, les systèmes de pompes hydrauliques, servant dans les usines principalement à refroidir et lubrifier les machines, sont très souvent mal adaptées aux machines. Elles seraient quasi systématiquement surdimensionnées. Les remplacer par des pompes adaptées aux besoins de l’usine pourrait représenter une économie d’énergie de 33% sur certaines infrastructures. Appliquer le même raisonnement pour les moteurs et les chaudières industrielles pourrait  également permettre d’économiser 24 TWh, dont seuls 5% seraient atteignables grâce aux politiques publiques actuelles.

De nombreux blocages demeurent

McKinsey détaille 11 barrières qui pourraient freiner, voire empêcher, la mise en œuvre de mesures en apparence peu complexes. L’instabilité politique sur le sujet est le principal obstacle. Les changements récurrents de gouvernement, de législation, l’accumulation de programmes gouvernementaux confus et/ou contradictoires entraînent des retards considérables dans les grands chantiers à mener.

Par ailleurs, le marché des biens énergétiquement efficaces n’est pas encore en mesure de fournir à chacun des solutions sur mesure et donc parfaitement adaptées aux besoins. Par conséquent, l’investissement initial des mises aux normes « efficaces » demeure très élevé.  Le retour sur investissement se fait ainsi sur une période de cinq à dix ans quand les certains prêteurs (ou actionnaires) exigent une rentabilité plus rapide.

Un autre frein notable est la structure même du marché immobilier, où l’occupant des lieux n’est le plus souvent pas son propriétaire. Plus de 60% des bureaux sont par exemple loués à un bailleur, ce qui rend plus compliqué le partage des responsabilités et des coûts de mises aux normes. Parallèlement, 60% des entreprises ne sont pas des industries à haute consommation énergétique. Elles éprouveront donc moins la nécessité de se lancer pleinement dans des plans d’efficacité énergétique. Le rapport affirme qu’en suivant ses recommandations, 115 TWh pourraient être économisés d’ici 2030.

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