La « realpolitik » chinoise en matière énergétique

efficacité électrique, Chine, Hydrocarbures, Charbon, mix énergétiqueSi la Chine a annoncé dans son douzième plan quinquennal son intention de réduire la part des énergies fossiles de 15% d’ici à 2020, elle demeure néanmoins le deuxième plus gros consommateur de pétrole et le premier pays émetteur de gaz à effet de serre. Au-delà de la volonté affichée de transition énergétique et des projets dans les sources renouvelables, la Chine effectue également d’importants investissements dans les énergies traditionnelles, menant une stratégie avant tout pragmatique.


Les hydrocarbures attirent les investissements directs à l’étranger (IDE) chinois.

Selon l’agence internationale de l’énergie, le marché du pétrole va connaitre de profonds bouleversements, notamment sous l’effet de la demande exponentielle  des  pays ne faisant pas partie de l’OCDE,  dont la Chine. La deuxième puissance commerciale mondiale connait aujourd’hui une forte hausse de sa consommation énergétique et malgré la volonté d’œuvrer en faveur de l’efficacité énergétique, elle multiplie et sécurise en parallèle ses approvisionnements d’énergies fossiles.

La nouvelle orientation des investissements directs à l’étranger est révélatrice.  Si par le passé le pays se tournait principalement vers l’Asie du Sud, la récente acquisition de la société Canadienne Nexen par la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) témoigne de la diversification et de l’internationalisation de Pékin. Cette opération de 15,1 milliards de dollars représente le plus gros montant d’investissement à l’étranger jamais réalisé par l’empire du milieu. Si cette opération engage un virage dans la politique économique chinoise, elle vient surtout confirmer sa stratégie énergétique pragmatique, mêlant sécurisation des approvisionnements traditionnels et développement des énergies renouvelables.

Le montant de cet investissement est par ailleurs d’une importance très relative lorsqu’on le compare, par exemple, aux sommes engagées en matière d’infrastructures (essentiellement de transport). Début septembre, près de 123 milliards d’euros ont été attribués à 55 projets d’envergure.

Vers un rééquilibrage du mix énergétique

Dans un marché des ressources naturelles étroit,  la Chine poursuit donc sa diversification via une politique ambitieuse d’acquisition, dépassant la simple « diplomatie des pipelines » (sécurisation des approvisionnements par des accords bilatéraux). Ce souhait peut se comprendre à la lumière du mix énergétique chinois, composé à 70% de charbon, soit en valeur absolue plus que la consommation des Etats Unis, de l’UE et du Japon cumulée. Le pétrole pour sa part n’en représente que 20% (chiffres IFRI). Les investissements pétroliers peuvent donc s’avérer « conciliables » avec la recherche affichée d’efficacité énergétique, l’or noir générant moins de C02 que le charbon pour une quantité d’électricité donnée.

Cette approche traditionnelle de la politique énergétique n’annonce pas pour autant un recul en matière de développement durable.  Une récente étude australienne de l’entreprise Climate Bridge a ainsi affirmé que les dirigeants chinois commencent à véritablement intégrer l’objectif de lutte contre le changement climatique : « La réduction des émissions en Chine est cruciale pour prévenir le changement climatique mondial, il est donc très encourageant de constater que les autorités chinoises mettent en place ces politiques ambitieuses » (Alex Wyatt, PDG Climate Bridge).

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