Quel avenir pour l’énergie photovoltaïque en Europe ?

photovoltaique , europe 2020 , énergies renouvelables , parité réseau , SuntechLe futur de la filière photovoltaïque au sein de l’Union Européenne s’assombrit. Le 3 avril dernier, l’entreprise allemande Q-Cells, ex n°1 mondial des cellules photovoltaïques, a déposé son bilan – elle jouissait d’un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros en 2008. Alors que l’UE a fixé en 2010 un agenda énergétique ambitieux baptisé « Europe 2020 », la filière solaire européenne semble toujours en difficulté face à la concurrence chinoise. Tour d’horizon des principaux enjeux du secteur.

Un parc européen prometteur…

Le taux de croissance du photovoltaïque a été substantiel en 2011, avec 21,9 gigawatts (GW) d’électricité solaire connectée en Europe contre 13,4 GW en 20101. Malgré la crise de 2008, le marché européen du photovoltaïque s’est développé continuellement. Et il n’est encore qu’aux prémices de son développement, l’électricité d’origine solaire ne représentant que 2% de la production énergétique des vingt-sept.

Malgré ce pourcentage limité, l’Europe regroupe néanmoins près de 80% du parc photovoltaïque mondial. Un chiffre très élevé dû aux subventions allouées par les différents gouvernements jusqu’à 2008. Le coût des panneaux solaires a par ailleurs largement baissé ces dernières années grâce à des innovations technologiques, permettant notamment aux particuliers d’investir. Le plan « Europe 2020 » mise d’ailleurs fortement sur la filière photovoltaïque, censée créer de l’emploi et atteindre la « parité réseau » (égalité entre le coût de production d’1 kWh d’électricité photovoltaïque et le prix de vente d’1kWh d’électricité conventionnelle), et donc également, à terme, une égalité entre coût de revient et prix de vente entre 2017 et 2020 selon les prévisions.

…qui subit actuellement la concurrence chinoise

Le marché rencontre cependant des difficultés depuis 2011, avec notamment quatre dépôts de bilan de grandes entreprises européennes du secteur. « L’industrie photovoltaïque vit une période d’incertitude sur le court terme », explique Winfried Hoffmann, président de l’association européenne de l’industrie photovoltaïque (EPIA) ; « Mais à moyen et long terme, les perspectives d’une croissance solide sont bonnes. » précise-t-il dans le rapport 2012 de l’EPIA.

Deux phénomènes principaux expliquent ces difficultés. Tout d’abord un « effet crise » qui a entraîné la baisse, voire la suppression des aides étatiques pour l’achat de panneaux solaires par les particuliers, freinant la croissance du secteur. La France, par un moratoire de 2010, a ainsi décidé de supprimer les aides publiques accordées à l’énergie solaire, décidées lors du Grenelle de l’environnement en 2007.

La deuxième cause du ralentissement de la production est le « dumping chinois », régulièrement montré du doigt par les entreprises européennes qui dénoncent une « concurrence déloyale ». En juillet 2012, vingt-cinq sociétés européennes du secteur ont déposé une plainte pour concurrence déloyale auprès de la Commission européenne, qui a ouvert une enquête le 6 septembre dernier. Les Etats-Unis avaient déjà déposé une plainte similaire au printemps 2012, accusant les industriels chinois d’avoir reçu quelques 30 milliards de dollars de subventions illégales de la part des banques chinoises, dirigées par l’Etat. Washington a ainsi imposé des droits de douane de 250% sur l’industrie solaire chinoise.

Car c’est bien la question de la subvention étatique qui pose problème. Totalement absent du secteur en 2006, Pékin a fait le pari de financer la création de cette industrie pour l’exporter dans les pays occidentaux qui subventionnent le secteur. En débloquant les fonds des banques nationales, Pékin a investi plus de dix milliards d’euros annuellement. La Chine est ainsi devenue le premier producteur de modules pour panneaux solaires au monde dès fin 2007. Sur les dix plus gros fabricants de panneaux solaires en 2012, cinq sont Chinois (Suntech, Yingli ou encore Trina Solar). Et quand bien même les éventuelles restrictions européennes à l’importation aboutiraient, la Chine pourrait se concentrer sur son marché interne. Selon le patron de Suntech, le marché chinois sera « le marché le plus important au monde en 2013″.

Le photovoltaïque européen fait donc face à un paradoxe. Les ventes se portent bien et le secteur est en constant développement. En parallèle, plus de vingt entreprises européennes ont déposé le bilan depuis 2010 face aux marasmes de la crise et au très bas coût du travail chinois, rendant les entreprises de l’empire du Milieu très compétitives. Dans l’attente d’un jugement de la Commission européenne, qui tombera d’ici fin 2013, les entreprises européennes peuvent néanmoins miser sur un marché mondial en pleine expansion, notamment en Amérique latine et au Moyen-Orient.


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