Brésil : l’hydroélectricité, une réponse aux enjeux de développement du pays ?

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Photo © OliBac

Début 2012, le monde entier assistait, via les réseaux sociaux, à l’aboutissement de la polémique relative à la construction du barrage de Belo Monte, dans l’État du Para au Brésil. Le projet déplacera à terme plus de 25 000 indigènes et affectera l’écosystème de la « Grande Boucle » de la rivière Xingu, sur laquelle se situe le barrage. Pourtant, la question reste posée: le Brésil, leader industriel de l’Amérique latine et pays plus qu’émergent, peut-il se passer de « l’aubaine » électrique que représentent sesdifférents barrages ?

En 2011, le PIB du Brésil atteignait les 2510 milliards de dollars, dépassant dans la foulée le PIB du Royaume-Uni. Le pays accélère son industrialisation et son développement (7.5% de croissance en 2010), ce qui impacte directement ses besoins en électricité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2000, le pays produisait 349 milliards de kwh et il en a produit 489 en 2011, soit une augmentation de 40% sur la décennie. Cette production en forte hausse a permis au Brésilien moyen de consommer 2237 Kw en 2010, suivant le mouvement d’une société qui évolue rapidement (30,8% de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2005, et ils n’étaient déjà plus que 21,4% en 2009).

En accédant à plus de moyens, les Brésiliens consomment plus d’électricité. En parallèle, l’industrie brésilienne, elle aussi en pleine croissance, est la première consommatriced’électricité du pays, avec 46,7% de la consommation totale contre 22,1 % pour les particuliers. Politiquement, le pays veut maintenir son indépendance énergétique et n’importe que 2% de l’électricité qu’il consomme, d’où la nécessité de trouver des solutions efficaces pour permettre à la production de suivre ce mouvement.

L’hydroélectricité a toujours constitué une source majeure de production. On compte plus de 2000 barrages sur le territoire, dont au moins 24 atteignent une production de 500 Mw. La production du parc hydroélectrique représente près de 80% de laconsommation d’électricité. Et avec un territoire traversé de cours d’eau, le Brésil a le potentiel hydroélectrique le plus fort du monde; on l’estime à 255 millions de Kw. Il n’en produit actuellement que 77 millions. L’électricité d’origine hydraulique répond de plus aux préoccupations environnementales du pays. C’est une énergie décarbonnée et surtout durable, malgré les inévitables impacts sur l’écosystème des régions où les barrages sont installés. Elle est également relativement bon marché, grâce à son coût opérationnel très limité et son rendement satisfaisant. Une éolienne produira entre 1 et 3 Mw tandis que grâce aux conditions très favorables dont jouit le Brésil, les usines hydroélectriques atteignent des productions de 500 voire 1000 Mw. Il n’est donc pas étonnant que des projets tels que les barrages d’Itaipu (au Paraguay voisin) et de Belo Monte aient vu, ou soient sur le point, de voir le jour.

Malgré son arrivée plus tardive sur le marché, le barrage de Belo Monte restera le « petit-frère » de celui d’Itaipu. Il s’agit de la plus vaste installation hydroélectrique sur la planète, après le barrage des Trois Gorges en Chine. Il a d’ailleurs été nommé parmi les sept merveilles du monde moderne (avec, entre autres, le tunnel sous la Manche ou le Golden Gate) par l’American Society of Civil Engineers. Toutefois, étant donné que l’usine d’ « Ita » appartient conjointement au Paraguay et au Brésil et que les deux pays se partagent les 14 000 Mw produits, le barrage de Belo Monte pourra alimenter plus de Brésiliens (environ 23 millions) grâce à sa production annuelle attendue de 11 000 Mw.

Le Brésil sait néanmoins qu’il n’a pas forcément intérêt à tout miser sur l’hydroélectricité, car elle présente certains risques. Par exemple, la sécheresse de 2001 a mené à un rationnement de l’électricité, les barrages n’étant plus suffisamment alimentés. Et 50 millions de Brésiliens se sont retrouvés dans le noir deux jours durant en novembre 2009, suite à une panne sur un barrage. Depuis, le pays tente de diversifier ses sources de production. La construction du Belo Monte aura bien lieu, mais reste à savoir si cela sera suffisant pour éviter de telles déconvenues dans un contexte de forte croissance des besoins en électricité.

Photo © OliBac

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