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L’Allemagne veut produire son électricité sans nucléaire ni charbon

Posté par admin le 15/06/2012 à 15:00 Dans Energies renouvelables,Europe,Industrie | Pas de commentaire

©Alexandre Prévot

Selon Klaus Töpfer, membre de la CDU (le parti de la chancelière Angela Merckel), ancien directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et surtout ancien ministre de l’environnement, 70% des Allemands se prononceraient en faveur d’une sortie rapide du nucléaire civil. Angela Merckel, qui dans un premier temps avait décidé de continuer à exploiter les centrales nucléaires, a changé de cap suite aux scrutins régionaux du début de l’année 2011. Derrière ces évolutions motivées par une analyse plus «politique » que véritablement « énergétique », un projet durable et pérenne, bien que couteux et laborieux, semble néanmoins se dessiner.

Un mix énergétique varié et plus équilibré qu’en France

En 2008, le mix énergétique allemand compte 44% d’énergie produite à partir du charbon, 19% à partir de sources renouvelables (qui comprennent hydraulique, éolien et solaire), 13% à partir du gaz naturel, et 24% à partir du nucléaire (soit 20 des 75GW dont l’Allemagne a besoin pour sa consommation). En comparaison, le mix énergétique français voit 75% de son énergie produite à partir du nucléaire et 12% provient du renouvelable (dont 10% d’hydraulique). L’Allemagne, moins dépendante du nucléaire que la France, utilise donc massivement du charbon, une source énergétique encore très polluante.

Pour parvenir à remplacer le nucléaire dans son mix énergétique, ce sont 150 millions d’euros qui ont été investis dans  la recherche pour les énergies renouvelables en 2008. Ces investissements ont des retombées très concrètes. En 2009, les 20 000 éoliennes installées outre-Rhin produisaient 8% de l’électricité allemande, et fournissaient 10 millions de foyers. En outre, le solaire représenterait actuellement plus de 17 000 MW. Un bond extraordinaire lorsque l’on pense qu’en 2008, ce chiffre ne s’élevait qu’à 5300 !

Le changement ne s’explique pas uniquement par une volonté politique, mais également grâce à une évolution des mœurs. L’activité industrielle est plus importante en Allemagne qu’en France, ce qui explique que l’Allemagne consomme toujours plus d’énergie que sa voisine. Cependant, les foyers allemands consomment moins que les français : la consommation d’énergie par mètre carré serait moins élevée de 23%. Les habitudes de consommation y sont plus responsables, notamment à cause d’une utilisation accrue du chauffage électrique en France  (les politiques d’isolation des bâtiments y sont par ailleurs plus efficaces). De fait, le système allemand est plus efficace : pour mettre à disposition 1kWH d’électricité finale, 2,97kWH d’énergie primaire sont nécessaires en Allemagne, contre 3,31 en France, ce qui est lié à des pertes et au rendement relativement faible des centrales nucléaires au global (forte consommation due à la fabrication et au retraitement du combustible nucléaire). Cette « efficacité » de la chaine électrique devrait donc s’accroitre au fur et à mesure que l’Allemagne se détachera de l’atome.

La marche à suivre

Klaus Töpfer, indiquait au magazine challenges.fr : « Nous pouvons sortir du nucléaire en dix ans, car il n’est à l’origine que de 22% de notre électricité. Nous n’aurions pas l’idée de sortir du nucléaire en dix ans s’il produisait 80% de notre électricité, comme en France. ». L’Allemagne prépare depuis longtemps sa sortie du nucléaire, pour aller vers le tout-renouvelable. Déjà en l’an 2000, le gouvernement de Gerard Schröder prévoyait l’arrêt du nucléaire d’ici à 2021. Le plan du gouvernement Merckel reprend dans les grandes lignes le plan Schröder. Ainsi, les huit plus vieux réacteurs, qui ont été arrêtés en mars 2011, ne redémarreront plus. Ceux qui sont toujours en activité s’arrêteront les uns après les autres d’ici à 2022.

Sortir du nucléaire ne veut pourtant pas dire s’attaquer uniquement au nucléaire. La loi votée le 6 juin 2011 devrait s’accompagner d’autres lois favorisant les énergies renouvelables par rapportaux autres sources déjà présentes dans le mix énergétique. Ces lois devraient porter sur la création de nouveaux réseaux de distribution pour une efficacité énergétique accrue, sur la promotion de l’éolien terrestre ainsi que sur la mise en avant de l’électricité d’origine renouvelable grâce à une révision de la tarification de l’énergie. Une aide de cinq milliards d’euros permettra la construction de parcs offshore en mer du Nord et en mer Baltique, afin de faire passer la production  de 180 MW aujourd’hui à 25 000 en 2030. Il s’agira aussi d’aider à la construction d’un réseau haute tension plus efficace afin d’amener l’électricité produite au nord du pays vers les régions industrielles que sont le Bade-Wurtemberg et la Bavière. Si tout se passe tel que le gouvernement allemand le prévoit, le mix énergétique allemand devrait évoluer ainsi :

  • en 2020 : 30% d’énergie produite grâce au charbon, 35% grâce au gaz naturel, 35% grâce aux énergies renouvelables et 0% grâce au nucléaire
  • en 2030 : 15% d’énergie produite grâce au charbon, 35% grâce au gaz naturel, 50% grâce aux énergies renouvelables
  • en 2050 : 0% d’énergie produite grâce au charbon, 20% grâce au gaz naturel et 80% grâce aux énergies renouvelables.

Une prise de risque non négligeable, un coût certainement très élevé

Mais pour autant, le plan gouvernemental ne semble pas réjouir tout le monde. Les experts de l’entreprise allemande Siemens ont estimé que le coût de la sortie du nucléaire atteindrait les 1700 milliards d’euros en 2030. L’entreprise de matériel électrique RWE prévoit pour sa part des coûts atteignant « seulement » 250 à 300 milliards d’euros. Des chiffres extrêmement élevés, lorsque l’on sait que l’observatoire européen des marchés de l’énergie de Cap Gemini fixe à 1000 milliards d’euros le montant des investissements énergétiques nécessaires en Europe d’ici à 2020. Si l’on se fie à l’hypothèse la plus basse, ce sont déjà près de 70 euros par Allemand et par an qui seraient nécessaires à cette transition énergétique ambitieuse.

Un autre sujet préoccupe les opposants à ce plan. En passant de 13% de consommation de gaz à 35% en 2020, l’Allemagne mettrait à mal son indépendance énergétique puisque le gaz qu’elle consomme provient en grande partie de Russie. Que se passerait-il si le pays venait à être privé de plus d’un tiers de l’énergie dont il a besoin ?

Klaus Töpfer reste confiant : « C’est vrai, nous nous sommes lancés dans une expérience à grande échelle. Mais elle doit être faite. Et je suis convaincu que nous la réussirons. ». Il peut déjà s’appuyer sur des prévisions encourageantes en matière d’emploi. En 2010, 370 000 personnes travaillaient dans le domaine des énergies renouvelables. On estime que 120 000 à 150 000 nouveaux travailleurs, au bas mot, pourraient venir s’ajouter à ces travailleurs « verts » déjà en poste.

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Photo : ©Alexandre Prévot


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