L’irrigation agricole est-elle si énergivore ?

efficacité énergétique, Etats-Unis, irrigation L’irrigation d’un terrain agricole a longtemps été considérée comme très exigeante en ressources énergétiques. Cependant des universitaires contestent depuis peu ce préjugé : des chercheurs de l’Université du Nebraska estiment aujourd’hui qu’irriguer un terrain sec pour y cultiver du maïs ne serait pas aussi coûteux, risqué et gourmand en énergie que ce que l’on croyait jusqu’ici.

Selon les agronomes Ken Cassman et Patricio Grassini, les techniques d’irrigation permettant d’obtenir de hauts rendements agricoles peuvent être appliquées d’une manière efficace et n’avoir qu’une faible incidence sur l’environnement alentour. Pendant plusieurs années, leur équipe a recueilli sur le terrain les données sur lesquelles se base l’ensemble de leurs recherches, dans des exploitations du Nebraska. Ils ont également utilisé les données et les enquêtes auprès des agriculteurs  de l’U.S. Department of Agriculture (USDA, le Ministère américain de l’agriculture).

« Nous avons découvert que le maïs irrigué avait un rendement énergétique net considérablement supérieur et émettait moins de gaz à effet de serre par unité de grains produite que le maïs pluvial, qui nécessite des moyens de production moindres, mais présente un rendement moins important », explique P.Grassini, qui soutient que l’efficacité énergétique d’une culture devrait être mesurée sur la base de son rendement plutôt que sur la superficie cultivée.

Si les chercheurs admettent que l’irrigation exige davantage de ressources que d’autres techniques, notamment en eau, ils soutiennent que sur le long terme, le bilan des ressources utilisées est plus équilibré que celui des cultures en terres non irriguées dans des États tels que le Nebraska. P.Grassini précise que passer de l’irrigation à l’agriculture sèche permet certes de produire moins de gaz à effet de serre à l’hectare, mais que le double de surface cultivée est nécessaire pour produire la même quantité de grain. « Passer de la culture par irrigation à l’agriculture sèche dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre est donc une économie de bouts de chandelles », a déclaré P.Grassini à Agriculture.com.

Les chercheurs précisent également que leurs travaux prennent en compte le problème de la rareté de l’eau dans le centre des États-Unis. Ils démontrent que pour optimiser le rendement des cultures, l’eau disponible peut être exploitée avec des systèmes tels que l’irrigation à pivot central. « L’histoire du maïs irrigué dans le Nebraska peut servir de point de référence pour les autres systèmes de culture par irrigation, présents ou à venir, car c’est la preuve que rendement important, efficacité énergétique et faible incidence sur le réchauffement climatique ne sont pas des objectifs incompatibles avec la réalité quotidienne de l’agriculture commerciale », précise P.Grassini. Néanmoins, « ces découvertes ne signifient pas que les systèmes d’irrigation du maïs ne peuvent pas être améliorés et consommer moins d’énergie. En mettant en œuvre de meilleures pratiques de gestion, par exemple en alternant la culture du maïs et celle du soja plutôt qu’en se concentrant sur le maïs, en remplaçant l’irrigation de surface par des systèmes d’irrigation à pivot central, en pratiquant le labour de conservation au lieu d’employer les charrues à disques habituelles et en améliorant l’utilisation des engrais azotés et de l’eau d’irrigation, nous pouvons encore faire des progrès », ajoute K.Cassman.

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