Comment réduire notre consommation d’énergie ? L’avis des experts

Rexel, Efficacité énergétique, CGEMP, précarité énergétique, Jean-Marie Chevallier, Jean-Charles Pauze Rexel et le CGEMP* ont réuni fin janvier neuf experts français de l’efficacité énergétique à l’université Paris Dauphine. Ce débat a permis la confrontation des points du vue entre ingénieurs, industriels, juristes, institutionnels et économistes sur les sujets clefs de l’efficacité énergétique (choix politiques, économie du secteur, précarité énergétique, etc.). Tour d’horizon des interventions et des principales conclusions de cette rencontre (découvrez les participants).

Les réalités économiques et sociétales au premier plan

Les prix de l’énergie sont élevés et vont continuer à augmenter à court et moyen-terme. C’est à partir de ce postulat que nos experts mettent en avant l’importance de l’efficacité énergétique en termes environnementaux (économies d’énergie), économiques (économie sur les factures, création d’une filière d’emplois) ou encore sociaux (réduction de la précarité énergétique).

Philippe Pelletier, avocat, président du Comité stratégique du Plan bâtiment du Grenelle, souligne l’importance des efforts à mener dans la réduction de la précarité énergétique : «  Les chiffres disent qu’aujourd’hui plus de 3 800 000 ménages consacrent 10% de leurs revenus à se chauffer. (…) C’est, contrairement aux idées reçues, une population âgée, de propriétaires, située dans des territoires ruraux, dans des pavillons individuels. En même temps se pose la question de la dépendance ! ». Pour Jean-Charles Pauze, PDG de Rexel, c’est dans la construction et la rénovation de bâtiments que se trouve un vivier d’activité économique capable de relever ce défi : « Sur la partie « usages », du côté de la consommation d’énergie globale, 40% concerne le bâtiment. On est donc extrêmement concernés. Le BBC* nous amène à des diminutions par quatre ou cinq des consommations ! Les enjeux sont très importants ! Il s’agit de débloquer un pouvoir d’achat supplémentaire de 1000 € pour un foyer

A plus long terme, repenser notre rapport à l’énergie

Comment réduire notre consommation globale d’énergie ? A cette question, quasi-unanimité des intervenants sur un point : l’éducation des consommateurs est primordiale. Colette Lewiner, directrice internationale du secteur énergie chez Cap Gémini, détaille l’exemple californien des boules lumineuses :  « En Californie, les fournisseurs d’énergie ont décidé de fournir aux clients qui le souhaitent une boule changeant de couleurs selon la période de consommation. Cette technique, toute simple, qui n’impacte en rien l’offre d’électricité, a des résultats surprenants d’efficacité. On se rend compte ici que la sophistication des éléments ne va pas obligatoirement de pair avec les économies engendrées. Les consommateurs se régulent eux même suivant les changements de couleurs de la boule. »

C’est au niveau politique de donner l’impulsion nécessaire à ces évolutions de comportements. Favoriser l’activité, sensibiliser les consommateurs, proposer une solution aux foyers précaires… tout en concevant l’architecture du système électrique de demain, tels sont les rôles dévolus par nos experts  aux pouvoirs publics. Face à ces défis, la mobilisation est déjà en marche, notamment au niveau européen, comme le souligne Bernard Laponche (physicien nucléaire, expert en économie de l’énergie) : « Si l’on se penche aujourd’hui sérieusement sur la question, beaucoup de choses ont néanmoins été faites, notamment au niveau européen. Si on était resté sur la courbe de consommation d’électricité de 1974, on aurait consommé, en 2010, le double. Les directives européennes et l’ensemble des actions ont donc pesé, même si on peut aller beaucoup plus loin. ».

Le rôle moteur de l’Union européenne dans ce secteur a été plusieurs fois souligné. En pointe sur les questions énergétiques, ses directives poussent les Etats membres à tenir des objectifs précis : « Nous établissons un cadre commun pour la promotion de l’efficacité énergétique et l’objectif fixé est prioritairement une réduction de 20 % des consommations d’énergie. Chaque Etat membre doit veiller qu’à partir du 1er janvier 2014, 3% de la surface au sol des organismes publics soit rénovée chaque année. Par ailleurs, les Etats membres doivent établir un mécanisme d’obligations en matière d’efficacité, pour assurer que les distributeurs d’énergie effectuent chaque année une réduction de 1.3 % de leurs ventes d’énergie en volume par rapport aux ventes de l’année précédente. Les Etats membres veillent également à ce que les consommateurs soient dotés du compteur dit intelligent, qui mesure avec précision les consommations réelles. (Sylvia-Adriana Ticau – Député européenne, spécialiste des questions énergétiques, rapporteur en 2008-2010 pour la Directive sur la performance énergétique des bâtiments).

Les industriels au cœur d’une filière de pointe

Pourquoi est-ce que Rexel intervient dans ce débat ? « Dans notre quotidienneté d’industriel, on retrouve tous ces sujets. (…) Il est clair que notre capillarité, le fait que nous touchions des milliers de clients, nous offre un rôle tout à fait particulier et une responsabilité pour débloquer, faire avancer cette situation » souligne Jean-Charles Pauze. Armand Ajdari, responsable de la R&D chez Saint-Gobain, partage ce constat. Il souligne la capacité des industriels à dialoguer avec l’ensemble de la filière (notamment avec les artisans, souvent peu préparés aux travaux d’efficacité énergétique), à proposer des solutions, à faire réagir les pouvoirs publics. A la clef ? Le développement d’une filière française d’excellence dans la rénovation thermique et énergétique des bâtiments. 70% des édifices qui seront utilisés en 2050 existent déjà. Face à la montée des prix de l’énergie et la raréfaction des ressources, envisager la rénovation d’un bâtiment sans prendre en compte la composante énergétique serait « criminel » souligne Mr Ajdari.

« Je suis frappé de voir que dans ces projets, il y a une innovation extraordinaire : si j’étais étudiant à Dauphine, et que j’assistais à ce séminaire, je me dirais : « on est sur quelque chose de fabuleux en termes d’opportunités futures !». On a d’une part des coûts d’énergies à la hausse, et d’autre part une prise de conscience des consommateurs-citoyens de l’efficacité énergétique. Tout ce qui a été dit est un appel à de nouveaux business modèles : un chantier formidable pour créer de l’emploi, de l’innovation, de l’intelligence. » conclue le professeur J-M Chevalier, économiste et membre du CGEMP.

*CGEMP : Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières

*BBC : bâtiment basse consommation

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