Eclairage de Jean-Marie Chevalier sur la question de l’efficacité énergétique

Jean-Marie Chevalier est professeur à l’Université Paris-Dauphine, Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP). Il livre ici son analyse du 1er baromètre Rexel sur l’efficacité énergétique.

  • Les ménages ont conscience de l’importance de l’efficacité énergétique

Entre 86 % et 92 % des Allemands, des Américains, des Britanniques et des Français accordent de l’importance à l’efficacité énergétique. Entre 87 % et 89 % se déclarent attentifs à leur consommation énergétique, la première raison évoquée étant la réduction de la consommation, donc de la facture.

Cette conscience reflète une bonne analyse de la situation. En effet, à moyen et long termes, le prix de l’énergie est appelé à être plus élevé que dans le passé. Des tensions pèsent sur l’équilibre offre/demande, que ce soit pour le pétrole, le gaz ou l’électricité : frénésie de la demande de produits pétroliers et d’électricité chez les pays émergents, retard des investissements, débats difficiles sur la contribution du nucléaire.  En outre, l’accélération du réchauffement climatique est de plus en plus alarmante et devrait inciter à accroître l’efficacité énergétique, à développer des énergies moins intenses en carbone et à réduire les émissions.  Dans ce contexte, il existe deux façons de s’adapter : l’efficacité énergétique (les économies d’énergie) et la diversification des bilans énergétiques.

  • L’étude vient confirmer les changements de comportement des Français à l’égard de l’efficacité énergétique dans les dernières années

Depuis 2008, avec la hausse du prix des carburants et l’introduction du bonus-malus automobile, les particuliers consomment moins de carburant. Selon les chiffres de juin 2011 du Comité Professionnel Du Pétrole (CPDP), les livraisons de carburants sur le marché français ont diminué de 3,1 % par rapport à juin 2010. Il y a probablement une modification définitive de leurs comportements.

Dans le même ordre d’idée, l’étude commanditée par Rexel souligne que 91 % des Français estiment que c’est au consommateur d’agir pour l’efficacité énergétique, avant l’Etat ou les industriels – ce qui constitue une indication intéressante concernant la responsabilisation des Français à l’égard de cette thématique.

  • Des quatre nationalités sondées, les Français paraissent légèrement moins impliqués sur le sujet de l’efficacité énergétique, puisque seulement 47 % y accordent une très grande importance, contre environ 60 % pour les Allemands, les Américains et les Britanniques

Peut-être peut-on voir ici une trace du modèle énergétique français, fondé sur le nucléaire et une électricité globalement peu onéreuse. Il est probable que cette implication pourrait évoluer dans les années à venir. Les pouvoirs politiques devraient probablement accélérer cette prise de conscience.

D’une part, les tarifs de l’électricité, politiquement bloqués, empêchent le consommateur français de prendre conscience de la nécessaire augmentation du prix de l’électricité à venir. L’électricité est artificiellement moins chère en France car les tarifs ont été maintenus à un niveau bas alors que les coûts pour EDF continuent à progresser. Les tarifs vont devoir être augmentés à court ou moyen terme car tous les indicateurs économiques tendent à montrer que les coûts vont augmenter et que les prix doivent refléter cette tendance.

D’autre part, la France connaît une modification de sa situation en matière d’électricité : exportateur structurel depuis une vingtaine d’années, nous sommes aujourd’hui importateurs en hiver, dépendant de notre voisin allemand, qui a pris des décisions stratégiques lourdes avec l’abandon du nucléaire.

En effet, depuis quelques années, nous connaissons chaque hiver de nouveaux pics de consommation d’électricité (93.752 mégawatts le 14 décembre 2010, selon les données publiées par Réseau de Transport d’Electricité (RTE), contre 93.080 mégawatts le 11 février 2010). Le niveau de ce pic devrait malheureusement augmenter d’année en année dans les dix ans qui viennent.  La France importe donc son électricité dans ces périodes de pic, notamment en provenance de l’Allemagne. Il est possible que l’abandon du nucléaire par l’Allemagne ait de graves conséquences  sur nos capacités à « passer » les pics.

  • Les méthodes d’efficacité énergétique sont d’autant plus complexes à mettre en œuvre que nous traversons une crise économique majeure, qui contraint les budgets des Etats, des collectivités et des particuliers

Jusqu’à présent, les Etats utilisaient le levier des incitations fiscales et financières pour modifier les comportements des acteurs économiques. La crise, en exerçant une forte pression sur les capacités budgétaires des Etats, remet en cause cet ensemble d’incitations.

Les leviers majeurs d’efficacité énergétique se situent donc dans les comportements des ménages. Ceux-ci, nous le savons, sont sensibles à l’impact financier de l’efficacité énergétique. Selon l’étude, les ménages français sont prêts à investir dans à des équipements plus chers mais rentables à court ou moyen terme (69 %), mais pas à dépenser plus sans gain potentiel ultérieur (18 %). Les résultats sont comparables dans les autres pays étudiés.

Ces résultats sont corroborés par plusieurs enquêtes, notamment l’Eurobaromètre d’avril 2011, qui montrent que les consommateurs ne sont pas prêts à payer plus cher leur énergie et sont prêts à mettre en œuvre des mesures d’efficacité énergétique à condition d’en limiter l’impact budgétaire dans le temps.  Les citoyens-consommateurs sont très sensibles aux prix de l’énergie, la classe politique le sait mais, plutôt que d’entretenir des illusions, il serait préférable d’activer des leviers visant à accroître l’efficacité énergétique. Ce besoin exprimé doit alerter l’ensemble des décideurs de la chaîne de l’énergie : quels moyens sont offerts aux ménages pour mesurer leur consommation énergétique et les gains qu’ils peuvent réaliser ?

  • Les consommateurs, pour s’engager davantage dans des comportements d’efficacité énergétique, attendent des informations relatives à leur consommation d’électricité et aux gains qu’ils peuvent attendre de leurs changements de comportement ou de leurs investissements

L’étude met en évidence un écart relativement important entre l’intérêt des ménages pour la mise en oeuvre de l’efficacité énergétique et la connaissance précise qu’ils en ont. Ceci est d’autant plus dommageable qu’ils se disent prêts à allouer du temps pour adopter certains gestes pour économiser de l’énergie (76 % des Français se disent prêts). Cette disponibilité en temps est un élément très important qui était jusque là sous-estimé.

Le compteur intelligent, associé aux réseaux électriques du futur (smart grids), est probablement l’une des clés dans l’adoption de mesures d’efficacité énergétique : ils permettront à chacun de mesurer sa consommation et le retour financier sur les investissements effectués. Ces réseaux permettront de développer les énergies renouvelables, et d’installer un ensemble de matériels électriques dans les bâtiments, afin de moduler la consommation d’énergie en fonction du prix et de la capacité de production, par exemple.

A plus court terme, les Français doivent pouvoir recevoir davantage d’informations sur la rentabilité des produits et services d’efficacité énergétique qui leur sont proposés.

Pour aller plus loin sur ce site, consultez les résultats du premier baromètre international Rexel de l’efficacité énergétique.

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