Les programmes d’économies d’énergie en Allemagne : une « success story » méconnue

Le 8 juillet, le Conseil fédéral allemand (Bundesrat)  emboîtait le pas du Bundestag en ratifiant la décision de se détourner totalement de l’énergie nucléaire à l’horizon 2022, posant des questions sur la stratégie de l’Allemagne pour satisfaire sa demande énergétique. Mais indépendamment de la décision historique de « sortir du nucléaire », l’Allemagne avait déjà depuis plusieurs années choisi le chemin de la conservation énergétique pour parvenir à respecter un ambitieux agenda climatique.

Un objectif de 30% d’économies d’énergie pour le pionnier de l’Europe

Si l’Allemagne est parvenue aujourd’hui à atteindre les 20% d’énergie renouvelable dans son mix énergétique (elles comptaient pour 18% en 2009 selon Enerdata), elle se distingue de ses voisins par un objectif particulièrement ambitieux d’économie d’énergie. En se fixant un cap de 30% de réduction de la demande, elle entend surpasser les autres membres de l’Union Européenne.

Peut-on parler de « miracle allemand » en matière d’économies d’énergie ? L’Allemagne représente un modèle souvent méconnu, mais dont les résultats sont tangibles depuis sa mise en place en 2006.

Les trois piliers de l’action allemande sur l’efficacité énergétique

L’approche allemande repose sur 3 piliers, mis en œuvre progressivement depuis 2002, autour d’une pierre angulaire constituée par le dispositif légal : l’ordonnance de conservation de l’énergie de 2002 (EnEv en allemand).

  • Réduire la demande d’énergie à travers un cadre légal contraignant, imposant des obligations d’amélioration de la performance énergétique des bâtiments et une utilisation accrue de sources renouvelables chez les distributeurs  d’électricité.
  • Proposer des incitations financières à travers des subventions et prêts pour réduire la consommation d’énergie dans l’environnement bâti à tous les échelons administratifs (Fédéral, régional, municipal). A l’échelle fédérale, ces incitations sont proposées par la banque d’investissement publique KfW, avec un fort soutien financier de l’Etat allemand.
  • Informer pour faire évoluer les comportements énergétiques, en travaillant avec les échelons régionaux et locaux, en développant des standards applicables au travers des diagnostics de performance énergétique, mais aussi en soutenant des projets pilotes à l’échelle de tout le pays.

Une étude récente menée par Ecofys / German Watch pour WWF et E3G  établit un classement des meilleures politiques et mesures visant à limiter le réchauffement climatique tout en relançant l’économie. L’Allemagne y figure en première place. L’ordonnance de conservation de l’énergie (EnEv) amendée en 2007 et en 2009 se focalise en priorité sur les bâtiments, en tant que source principale de consommation d’énergie. Elle impose les mesures suivantes au niveau fédéral :

  • Les rénovations majeures de l’enveloppe d’un bâtiment (toit, murs extérieurs et fenêtres) doivent obligatoirement la rendre 30% plus efficace énergétiquement qu’à l’origine. La performance de l’isolation doit être systématiquement améliorée de 15% minimum.
  • Le chauffage, la production d’eau chaude, la ventilation et la climatisation doivent être améliorés pour inclure des systèmes efficaces énergétiquement ou des technologies renouvelables (le solaire thermique par exemple).
  • Le remplacement progressif des énergies fossiles par des sources renouvelables doit permettre la réduction des émissions de CO2
  • Les diagnostics de performance énergétique sont rendus obligatoires et les diagnostiqueurs professionnels doivent être accrédités.

Financer des mesures ambitieuses par des instruments de marché : l’exemple de la banque KfW

Outre les obligations imposées à travers la réglementation, l’une des raisons du succès actuel de la politique d’économies d’énergie allemande est le rôle joué par la banque d’investissement publique KfW, qui finance notamment très largement l’effort de rénovation du parc immobilier existant. Plutôt qu’un financement direct, l’Etat fédéral injecte des fonds via la KfW qui finance des programmes négociés au préalable. L’Etat négocie les conditions de ces programmes, comme l’accès aux aides, la quantité de financement disponible ou la modulation des taux d’intérêts.

Le programme phare de la KfW, nommé « Programme de réhabilitation carbone des bâtiments » a été supprimé en 2009 et remplacé par le programme « Rénovation éco-efficace » (Energieeffizient Sanieren).

Dans le cadre de ce programme, la KfW propose des prêts et subventions, financés soit par les marchés financiers nationaux et internationaux, soit par des fonds publics injectés par le gouvernement fédéral allemand. Les fonds collectés par la KfW sont ensuite prêtés aux banques, qui peuvent à leur tour proposer des « prêts KfW » (lien en anglais) aux consommateurs.

Le principe de base des prêts KfW est qu’ils deviennent plus avantageux lorsque le niveau visé d’économies d’énergies se rapproche du standard pour les bâtiments neufs KfW Maison Efficace 55 – 115, prévu par l’ordonnance de conservation de l’énergie (EnEv).

Des résultats impressionnants, un potentiel encore intact

Entre 2006 et 2009, le programme KfW seul aura permis la rénovation d’1 million de bâtiments et la construction de 400 000 bâtiments hautement efficaces. Le nombre d’emplois créés par le secteur est évalué autour de 240 000 par an, soit un total de 894 000 sur 4 ans. 27 milliards d’euros ont été distribués en prêts et subventions entre 2004 et 2009, pour un investissement dans l’efficacité énergétique des bâtiments avoisinant les 54 milliards d’euros (Brookings Institute March 2011).

Le parc immobilier allemand est évalué à 39 millions d’unités dont environ 80% construits avant 1979. Jusqu’à maintenant, on estime à 9 millions le nombre d’unités rénovées au standard minimum imposé par la loi allemande, laissant entrevoir un potentiel immense autant en matière de développement économique qu’en termes de réduction des émissions de carbone.

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