La dépendance en France : la maison doit s’adapter

Un Français sur 3 aura 60 ans ou plus en 2050 et 9 sur 10 souhaitent vieillir chez eux. Les maisons doivent donc être adaptées aux seniors et à leurs besoins. Si la téléassistance est déjà utilisée en France, la télémédecine peine à s’installer. Mais la conception des maisons peut aussi être optimisée pour s’adapter aux capacités des personnes âgées ou dépendantes.

300 000 Français ont actuellement recours à la téléassistance

La maison intelligente peut fournir plusieurs types de services de téléassistance comme la détection d’un incident (inondations, gaz, mouvements, intrusions…) ou d’une chute. Ces capteurs sont peu intrusifs, la personne âgée n’ayant pas besoin d’interagir avec eux.

Selon une étude commandée par la CNSA intitulée « La téléassistance pour le maintien à domicile : comment dépasser une logique d’offre téléphonique et construire des usages pertinents », environ 300 000 Français âgés ou handicapés seraient aujourd’hui abonnés à de tels services. Leur moyenne d’âge serait de 84 ans et ils seraient 80% de femmes.

La transformation des maisons apparaît comme l’une des solutions les plus immédiates

La conception des maisons peut prendre en compte les capacités et besoin des personnes : mise en place d’automatismes pour limiter les gestes complexes comme l’ouverture de volets ou développement d’interrupteurs automatiques, mobiles ou de chemins lumineux afin de faciliter les déplacements nocturnes et éviter les chutes.

Pour mieux comprendre ces besoins et tirer avantage de la démographie âgée du Limousin (un tiers de plus de 60 ans), l’agence régionale de développement économique « Limousin Expansion » a créé Autonom’lab. Cette structure est une déclinaison des Living Labs, nouvelle approche de recherche et d’innovation dans laquelle « l’usager » est associé tout au long du processus d’innovation (observation et compréhension des besoins, validation des fonctionnalités, tests, évaluation des solutions…) Elle rassemble des entreprises comme le groupe Legrand, des chercheurs (le Pôle Domotique et Santé de Guéret Odyssée 2023), des acteurs des mondes sanitaire et social (le CHU de Limoges) ainsi que des usagers du système de santé. En 2009, Autonom’Lab a par exemple récompensé un projet de  design d’objet ergonomique, adapté aux personnes hémiplégiques ou le projet Link Care Services  (déploiement de  solutions de vigilance assistée par ordinateur pour les malades souffrant de maladies de type Alzheimer).

La télémédecine en est au stade de projet

Dans le contexte de multiplication des maladies chroniques et de vieillissement de la population, les outils de la téléassistance sont utilisés par le milieu médical. La télémédecine regroupe les « actes médicaux, réalisés à distance, au moyen d’un dispositif utilisant les technologies de l’information et de la communication », selon le décret 2010-1229 du 19 octobre 2010.  Deux pratiques au moins pourraient être développées à domicile. Grâce à la téléconsultation, un professionnel médical peut donner une consultation à distance à un patient, grâce à des dispositifs vidéo et un réseau de capteurs. Mais la maison est aussi un milieu pertinent pour la télésurveillance médicale, qui permet à un professionnel médical d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient.

Selon l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes) en 2007, « créer par exemple 10 000 places d’HAD (hospitalisation à domicile) représenterait, à terme, une économie de près de 350 millions d’€ par an pour les financeurs publics. » D’autre part, la télémédecine répond au déficit de la démographie médicale, notamment dans les régions rurales.

Cependant, la télémédecine cherche toujours sa voie. Selon un sondage réalisé pour le groupe Pasteur Mutualité, « avec seulement 17% des personnes interviewées qui se déclarent prêtes à utiliser Internet pour consulter un médecin (2% ne se prononcent pas), la télémédecine attire peu de patients. 81% des Français ne sont donc pas prêts à consulter un médecin sur le web. Les réticences peuvent être multiples : crainte d’un mauvais diagnostic, besoin de proximité dans la relation avec le médecin, absence de réglementation, procédure méconnue, etc. » Pour l’instant, les principales offres sur le marché relèvent essentiellement de plateformes de conseil téléphonique, comme celles qu’ont lancé Wengo et Médecin Direct, ou les acteurs de l’assistance comme Mondial Assistance.

Développer le « vivre chez soi » est sans doute la meilleure solution pour un vieillissement plus doux des aînés. L’ingénierie du domicile devra adapter et innover pour des besoins grandissants en dispositifs d’assistance.

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